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Migrations, populations et géopolitique humanitaire — UNHCR 110 millions, Frontex, Pacte UE 2024, réfugiés climatiques

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Leçon 9 — Migrations, populations et géopolitique humanitaire

BAC France · HGGSP Terminale · Programme Éducation nationale · BOEN 25/06/2020

Objectifs pédagogiques

  • Analyser les chiffres et la typologie des déplacements forcés selon le HCR (110 millions personnes déplacées de force en 2023).
  • Identifier le rôle, les critiques et le bilan de Frontex (agence européenne créée 2004, refondée 2016 et 2019).
  • Comprendre les push-backs en Méditerranée et la jurisprudence CEDH (arrêt Hirsi Jamaa c. Italie 2012, arrêt N.D. et N.T. c. Espagne 2020).
  • Maîtriser les principaux apports du Pacte européen sur la migration et l'asile adopté en mai 2024.
  • Distinguer migrations économiques, réfugiés (Convention de Genève 1951) et réfugiés climatiques (projection BM 216 millions d'ici 2050).

Prérequis

Programme Première HGGSP : démocraties et régimes politiques, espace politique européen, gouvernance internationale. Notions de droit international (Convention de Genève sur les réfugiés du 28 juillet 1951 et son Protocole de New York 1967, Pacte international relatif aux droits civils et politiques 1966), institutions de l'Union européenne (Commission européenne, Parlement européen, Conseil européen, Cour européenne des droits de l'homme CEDH à Strasbourg vs Cour de Justice de l'UE CJUE à Luxembourg), géographie de l'Europe (espace Schengen depuis 1985, frontières externes Bulgarie/Roumanie/Croatie/Grèce/Italie/Espagne).

Introduction

Les déplacements forcés de population atteignent en 2023-2024 un niveau historique sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. Selon le rapport annuel 2023 du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR), publié en juin 2024 à Genève, 117,3 millions de personnes étaient déplacées de force fin 2023 (chiffre actualisé, le précédent étant 110 millions au 31 décembre 2022), dont 43,4 millions de réfugiés transfrontaliers, 68,3 millions de déplacés internes (IDPs), 5,4 millions de demandeurs d'asile et 0,2 million d'autres personnes en besoin de protection internationale. Soit 1 personne sur 69 dans le monde — un record absolu depuis la création du HCR le 14 décembre 1950 sous l'égide d'Eleanor Roosevelt. Les principales causes sont la guerre en Ukraine déclenchée le 24 février 2022 (6,5 millions de réfugiés ukrainiens à l'extérieur dont 4,3 millions sous protection temporaire UE, et 3,7 millions de déplacés internes), le Soudan en guerre civile depuis le 15 avril 2023 (10,7 millions de déplacés en un an, soit la plus rapide crise de déplacement de l'histoire), la Syrie depuis 2011 (5,5 millions de réfugiés syriens régionaux), l'Afghanistan post-Taliban (6,4 millions de déplacés), le Venezuela (7,7 millions de personnes ayant quitté le pays depuis 2014), le Myanmar (Rohingyas réfugiés au Bangladesh, 1,1 million). À ces déplacements liés aux conflits s'ajoutent les migrations économiques (281 millions de migrants internationaux en 2023 selon l'OIM, soit 3,6 % de la population mondiale) et les déplacements environnementaux (32,6 millions de nouvelles personnes déplacées pour cause climatique en 2022 selon IDMC). Cette leçon analyse les régimes juridiques, les politiques d'accueil et de refoulement, et l'émergence des nouveaux défis du XXIᵉ siècle.

Le Bulletin Officiel de l'Éducation Nationale spécial n°8 du 25 juillet 2019, programme HGGSP Terminale, Thème 6 « L'enjeu de la connaissance », précise : « L'élève analyse les migrations contemporaines comme un fait social total, articulant approches démographique, géopolitique, économique et juridique. Il mobilise les cadres conventionnels de protection (Convention de Genève 1951) et les politiques publiques de gestion (frontières, asile, intégration) ».
Source : eduscol.education.fr/cid143646/hggsp-bac-2021.html

Contenu théorique

1. Le régime juridique des réfugiés — Convention de Genève 1951 et statut universel

La Convention de Genève relative au statut des réfugiés a été adoptée le 28 juillet 1951 à Genève lors d'une conférence diplomatique de l'ONU (résolution 429 V de l'Assemblée Générale du 14 décembre 1950), signée initialement par 26 États dont la France (signature 11 septembre 1952, ratification 23 juin 1954), entrée en vigueur le 22 avril 1954. Elle a été élargie par le Protocole de New York du 31 janvier 1967 qui a supprimé les restrictions temporelles (la Convention initiale ne s'appliquait qu'aux événements antérieurs au 1ᵉʳ janvier 1951) et géographiques (initialement limitée à l'Europe), permettant son application universelle. En 2024, 149 États sont parties à la Convention de 1951 et 147 au Protocole de 1967. La définition du réfugié figure à l'article 1A(2) : « Toute personne qui, craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut, ou du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ». Le principe cardinal est le non-refoulement (article 33) qui interdit le retour vers un pays où la vie ou la liberté serait menacée — principe devenu coutume internationale opposable même aux États non signataires.

En France, le statut de réfugié est accordé par l'OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides, créé par la loi du 25 juillet 1952, basé à Fontenay-sous-Bois 94120 sous tutelle du ministère de l'Intérieur), avec possibilité de recours auprès de la Cour Nationale du Droit d'Asile (CNDA) créée 2007 (commission de recours des réfugiés instituée par la loi du 25 juillet 1952). En 2023, l'OFPRA a enregistré 167 700 demandes d'asile (1ère demande + réexamens + mineurs), en hausse de 9 % par rapport à 2022, et accordé une protection (statut conventionnel ou protection subsidiaire) dans 33 % des cas. Les principales nationalités demandeuses : Afghanistan (10 100), Bangladesh (8 700), Côte d'Ivoire (8 200), Turquie (7 900), Guinée (7 700), Géorgie (7 100), Albanie (6 800), République démocratique du Congo (6 200), Sri Lanka (4 800), Pakistan (4 200). À l'échelle européenne, l'UE a reçu 1,14 million de demandes d'asile en 2023 (+ 18 % vs 2022), avec l'Allemagne (351 500), la France (167 700), l'Espagne (160 500), l'Italie (135 800) et l'Autriche (58 700) en têtes des destinations. Les pays d'accueil mondiaux principaux sont la Turquie (3,6 millions, principalement Syriens), l'Iran (3,4 millions, principalement Afghans), le Pakistan (2 millions, Afghans), la Pologne (1,7 million, Ukrainiens), l'Allemagne (2,1 millions). Contrairement aux idées reçues, 76 % des réfugiés mondiaux sont accueillis par des pays en développement, et seulement 24 % par des pays développés (HCR 2023).

CatégorieDéfinitionCadre juridiqueNombre 2023-2024 (millions)
Réfugiés transfrontaliersPersécution + hors pays d'origineConvention Genève 1951 + Protocole 196743,4
Déplacés internes (IDPs)Mêmes raisons mais sans franchir frontièrePrincipes directeurs ONU 1998 (non-contraignant)68,3
Demandeurs d'asileStatut de réfugié en attente d'instructionArticle 31 Convention Genève5,4
ApatridesSans nationalité reconnueConvention New York 19544,4
Migrations économiquesRecherche d'emploi/meilleures conditionsCadre national d'immigration281 (total migrants intl.)
Déplacés climatiquesCatastrophes climatiques aiguës ou lentesPacte Marrakech 2018 (non-contraignant)32,6 (nouveaux 2022)
Mineurs non accompagnés< 18 ans hors familleConvention New York Enfant 19890,4 demandeurs UE 2023
Réinstallés (resettled)Réfugiés relocalisés vers 3ème paysProgramme HCR + États accueil0,16 en 2023 (vs besoin 2,4)

2. Frontex et le contrôle des frontières externes de l'UE

Frontex (officiellement « Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes » depuis 2016, anciennement « Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l'Union européenne ») a été créée par le règlement (CE) n°2007/2004 du Conseil du 26 octobre 2004, opérationnelle depuis le 3 octobre 2005, siège à Varsovie (Pologne) au Plac Europejski 6. L'agence a été refondée à deux reprises : règlement (UE) 2016/1624 du 14 septembre 2016 (transformation après crise migratoire 2015) lui donnant le nom actuel et un mandat étendu, puis règlement (UE) 2019/1896 du 13 novembre 2019 (renforcement post-crise) prévoyant la création d'un corps permanent de 10 000 garde-frontières à l'horizon 2027 (objectif atteint partiellement : 1 800 en 2024) et un budget en explosion : 19 millions d'euros en 2006, 333 millions en 2019, 845 millions en 2023, projection 1,5 milliard en 2027. Les missions principales sont : (1) surveillance des frontières externes Schengen (terrestres, maritimes, aériennes), (2) opérations conjointes avec États membres (Thémis Italie, Indalo Espagne, Poséidon Grèce), (3) coordination des retours forcés des personnes en situation irrégulière, (4) coopération avec pays tiers (Albanie depuis 2019, Serbie 2019, Monténégro 2023, Macédoine du Nord 2024).

Frontex est régulièrement critiquée par les ONG et le Parlement européen pour son rôle dans les push-backs illégaux en Méditerranée et dans la mer Égée. Une enquête de l'OLAF (Office Européen de Lutte Antifraude) publiée en juillet 2022 a confirmé l'implication de Frontex dans des refoulements illégaux de migrants par les autorités grecques entre 2020 et 2021, ce qui a conduit à la démission du directeur exécutif Fabrice Leggeri (français) le 29 avril 2022. Son successeur Hans Leijtens (néerlandais) a annoncé en mars 2023 un plan de réforme avec un comité des droits fondamentaux renforcé et 60 officiers des droits fondamentaux déployés. Toutefois, les critiques persistent : le rapport du Conseil de l'Europe « Bilan des activités de Frontex en matière de droits fondamentaux » publié en avril 2024 dénonce « des manquements systémiques persistants dans la transparence et la responsabilité ». Le coût humain reste lourd : selon l'OIM Missing Migrants Project, 8 565 personnes sont décédées ou disparues en Méditerranée centrale depuis 2014, dont 3 105 sur la seule année 2023 (route Tunisie-Italie, +30 % vs 2022). La Méditerranée est devenue la frontière maritime la plus meurtrière au monde.

3. Push-backs en Méditerranée et jurisprudence CEDH

Les push-backs (refoulements forcés en mer) sont des pratiques illégales par lesquelles les autorités d'un État interceptent des migrants en eaux internationales ou à la frontière, et les renvoient sans procédure d'asile, en violation du principe de non-refoulement (article 33 Convention Genève 1951) et de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme (interdiction de la torture et traitements inhumains ou dégradants). Plusieurs arrêts majeurs de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) ont condamné cette pratique. L'arrêt Hirsi Jamaa et autres c. Italie rendu en Grande Chambre le 23 février 2012 (CEDH n°27765/09) condamne l'Italie pour avoir intercepté et renvoyé en mai 2009 vers la Libye 200 migrants somaliens et érythréens à 35 milles nautiques au sud de Lampedusa, sans examen individuel de leur situation et alors qu'ils risquaient des traitements inhumains en Libye. La Cour reconnaît la responsabilité extraterritoriale de l'Italie même en haute mer, fixant un principe fondamental du droit européen.

L'arrêt N.D. et N.T. c. Espagne rendu en Grande Chambre le 13 février 2020 (CEDH n°8675/15 et 8697/15) a été plus controversé : la Cour a admis la légalité du refoulement à la frontière hispano-marocaine de Melilla (enclave espagnole en Afrique du Nord) en août 2014 lorsque les migrants ont tenté d'entrer en escaladant les triples clôtures sans utiliser les voies d'asile légales, considérant qu'ils s'étaient « mis eux-mêmes dans cette situation ». Cet arrêt a été critiqué par 40 ONG (HCR, Amnesty International, MSF, La Cimade) comme un recul du droit. Plus récemment, l'arrêt S.S. et autres c. Italie du 7 septembre 2024 (en cours, jugement attendu 2025) examinera la responsabilité italienne pour avoir coordonné des interceptions des migrants par les garde-côtes libyens financés par l'UE depuis 2017, ce qui pose la question de la « délégation » du refoulement. À l'échelle nationale française, le Conseil constitutionnel a invalidé le 25 janvier 2024 plusieurs dispositions de la loi Immigration du 26 janvier 2024 (32 articles déclarés inconstitutionnels), notamment le délai de carence pour les prestations sociales aux étrangers et la régularisation au cas par cas des sans-papiers dans les métiers en tension, considérés comme cavaliers législatifs.

4. Pacte européen sur la migration et l'asile 2024 et déplacés climatiques

Le Pacte européen sur la migration et l'asile a été adopté définitivement le 14 mai 2024 par le Parlement européen et le Conseil de l'UE, après 4 ans de négociations difficiles ouvertes par la Commission von der Leyen en septembre 2020. Il comprend 10 règlements et directives qui réforment en profondeur le système commun d'asile européen (RAEC). Les principaux apports sont : (1) règlement de filtrage aux frontières (« screening regulation ») imposant une procédure rapide de 7 jours pour identifier nationalité, santé, sécurité avant tout examen d'asile, (2) procédure d'asile accélérée aux frontières pour ressortissants des pays à faible taux de reconnaissance (< 20 %) et risque sécuritaire, (3) mécanisme de solidarité obligatoire entre États membres : tous doivent contribuer (accueil, contribution financière 20 000 EUR/migrant, soutien opérationnel) selon une clé combinant PIB et population, (4) liste de pays d'origine sûrs unique européenne pour traitement accéléré (Albanie, Bosnie, Kosovo, Macédoine du Nord, Monténégro, Serbie, Turquie sous conditions), (5) renforcement du retour avec base de données européenne EURODAC élargie (empreintes digitales + photos faciales dès 6 ans). L'application est prévue à partir de juin 2026 (24 mois après publication au Journal Officiel UE).

Les déplacés climatiques représentent l'un des nouveaux défis migratoires majeurs du XXIᵉ siècle, mais ne bénéficient pas du statut de réfugié au sens de la Convention de Genève 1951. Selon l'Internal Displacement Monitoring Centre (IDMC), en 2022, 32,6 millions de nouvelles personnes ont été déplacées en raison de catastrophes climatiques (98 % par phénomènes météorologiques : tempêtes, inondations, sécheresses) — chiffre supérieur aux 28,3 millions de déplacés par conflits la même année. Les pays les plus touchés sont le Pakistan (8 millions de déplacés par les inondations de l'été 2022 affectant 33 millions de personnes), les Philippines (5,4 millions par typhons), la Chine (3,6 millions), l'Inde (2,5 millions). La Banque Mondiale dans son rapport « Groundswell : Acting on Internal Climate Migration » publié en septembre 2021 (édition Groundswell Africa juin 2024) projette 216 millions de migrants climatiques internes d'ici 2050 dans six régions étudiées (Afrique subsaharienne 86 M, Asie de l'Est et Pacifique 49 M, Asie du Sud 40 M, Afrique du Nord 19 M, Amérique latine 17 M, Europe de l'Est et Asie centrale 5 M). Le Pacte mondial pour les migrations adopté à Marrakech le 10 décembre 2018 (Pacte de Marrakech, 152 États en faveur, 5 contre dont USA Trump, Israël, Pologne, République tchèque, Hongrie ; 12 abstentions) mentionne pour la première fois les déplacés climatiques mais reste non-contraignant. Une vraie protection juridique reste à inventer : la Nouvelle-Zélande proposait en 2017 un visa « réfugié climatique » spécifique pour les Tuvaluans (annulé en 2018 sous le gouvernement Ardern), Tuvalu et l'Australie ont signé en novembre 2023 le « Falepili Union Treaty » prévoyant 280 visas spéciaux annuels pour les Tuvaluans menacés par la montée des eaux.

Application — Sujet type Bac HGGSP

Sujet 1 : Composition — « Les migrations contemporaines : un défi pour la gouvernance internationale »

Plan détaillé. Introduction : accroche sur les 117 millions de déplacés de force fin 2023 (HCR 2024), définition migration vs réfugié vs déplacé climatique. Problématique : « En quoi les flux migratoires contemporains révèlent-ils les limites de la gouvernance internationale ? ». I — Le régime international de protection des migrants (a. Convention de Genève 1951 universelle ; b. HCR et OIM, acteurs onusiens ; c. Pactes de Marrakech 2018 non-contraignants). II — Les politiques nationales et régionales restrictives (a. Frontex et frontières externes UE ; b. push-backs et jurisprudence CEDH ; c. externalisation vers pays tiers — Italie/Albanie 2023, UK/Rwanda 2022-2024). III — Vers de nouveaux défis : climat, démographie, démocratie (a. déplacés climatiques 216 millions projetés 2050 BM ; b. transition démographique Sud vs vieillissement Nord ; c. populismes et défis aux Conventions). Conclusion : ouverture sur Pacte européen UE 2024 et nécessité d'un nouveau cadre international pour les réfugiés climatiques.

Sujet 2 : Étude critique de document — Arrêt CEDH Hirsi Jamaa c. Italie 2012

Présentation : arrêt de la Grande Chambre CEDH du 23 février 2012, requête n°27765/09 introduite en mai 2009 par 24 migrants somaliens et érythréens interceptés en mer Méditerranée par la marine italienne et renvoyés en Libye. Composition : 17 juges, président Nicolas Bratza UK. Analyse : (1) thèse de l'arrêt — l'Italie a violé l'article 3 CEDH (interdiction des traitements inhumains et dégradants), l'article 4 du Protocole n°4 (interdiction des expulsions collectives) et l'article 13 CEDH (droit à un recours effectif) ; (2) raisonnement juridique — extension de la juridiction CEDH aux actes commis en haute mer par un État partie, refus de l'argument italien d'« opération de sauvetage », responsabilité étatique pour exposition au risque de refoulement secondaire vers la Somalie/Érythrée. Portée et limites : (1) portée — arrêt fondateur du droit européen des réfugiés en mer, base juridique pour l'opération Mare Nostrum 2013-2014, jurisprudence opposable à tous les 46 États membres CEDH ; (2) limites — pas appliqué aux opérations Frontex per se, contournement via accords bilatéraux Italie-Libye 2017 et Italie-Albanie novembre 2023, jurisprudence affaiblie par N.D. et N.T. c. Espagne 2020. Conclusion : ouverture sur le S.S. et autres c. Italie 2024-2025 en cours.

Pièges à l'épreuve et erreurs fréquentes

  • Confusion réfugié et migrant économique : réfugié = protection juridique internationale (Convention Genève 1951), migrant économique = pas de statut international protégé.
  • Date Convention de Genève : 28 juillet 1951, pas 1948 ni 1967. Le Protocole de New York date du 31 janvier 1967 et a universalisé la Convention.
  • Frontex créée 2004, refondée 2016 puis 2019 : les trois dates sont importantes — la refondation 2019 vise un corps de 10 000 garde-frontières à 2027.
  • HCR vs OIM : HCR (Genève, 1950) s'occupe des réfugiés ; OIM (Genève, 1951, rejoint ONU 2016) s'occupe de toutes les migrations.
  • Erreur arrêt CEDH Hirsi Jamaa : condamne l'Italie pour push-back en HAUTE MER (35 milles au sud Lampedusa), pas dans les eaux italiennes.
  • 76 % des réfugiés mondiaux accueillis par pays en développement : contre-intuitif mais essentiel pour nuancer le discours « invasion de l'Europe ».
  • Réfugiés climatiques n'ont PAS de statut juridique : Convention 1951 ne couvre que les persécutions politiques/raciales/religieuses, pas les déplacements environnementaux.

Points-clés à retenir

  • HCR créé 14 décembre 1950, basé à Genève — Eleanor Roosevelt première impulsion.
  • 117,3 millions de personnes déplacées de force fin 2023 (rapport HCR juin 2024) — record historique.
  • Convention de Genève 28 juillet 1951 + Protocole New York 31 janvier 1967 — 149 États parties en 2024.
  • Principe non-refoulement (article 33 Genève) — coutume internationale opposable.
  • Frontex créée 2004, refondée 2016 et 2019, siège Varsovie, budget 845 M EUR 2023 — objectif 10 000 garde-frontières 2027.
  • Démission directeur Frontex Fabrice Leggeri 29 avril 2022 — enquête OLAF push-backs Grèce.
  • Arrêt CEDH Hirsi Jamaa c. Italie 23 février 2012 — push-back illégal en haute mer.
  • OIM Missing Migrants Project : 3 105 morts en Méditerranée centrale en 2023 seul.
  • Pacte européen migration et asile adopté 14 mai 2024 — application juin 2026.
  • Banque Mondiale Groundswell 2021 : 216 millions migrants climatiques internes projetés 2050.

Sources et références

  • HCR — Rapport « Global Trends 2023 » juin 2024 — unhcr.org
  • OIM Missing Migrants Project 2024 — missingmigrants.iom.int
  • Convention de Genève 28 juillet 1951 + Protocole New York 1967 — un.org
  • Frontex — Annual Activity Reports — frontex.europa.eu
  • Pacte européen migration et asile (10 textes) — europa.eu
  • CEDH arrêts Hirsi Jamaa 2012 et N.D./N.T. 2020 — hudoc.echr.coe.int
  • Banque Mondiale Groundswell 2021 / Groundswell Africa 2024 — worldbank.org
  • OFPRA — Rapport annuel 2023 — ofpra.gouv.fr
  • IDMC Internal Displacement Monitoring Centre — internal-displacement.org
  • Pacte de Marrakech sur les migrations 10 décembre 2018 — un.org

Pour aller plus loin

Synthèse et perspectives

Les migrations contemporaines révèlent les limites du système international hérité de 1951 et appellent à une refonte conceptuelle profonde. Les perspectives 2025-2030 dépendent de cinq dynamiques structurelles : (1) application du Pacte européen UE 2024 dès juin 2026 — succès ou échec déterminera la solidarité européenne, (2) multiplication des accords d'externalisation type Italie-Albanie (novembre 2023, centres de tri à Shëngjin et Gjadër) et UK-Rwanda (suspendu juillet 2024 par le gouvernement Starmer), (3) émergence d'une protection juridique des déplacés climatiques — Falepili Union Treaty Tuvalu-Australie novembre 2023 premier précédent international, (4) transition démographique mondiale avec l'Afrique subsaharienne passant de 1,2 milliard d'habitants en 2024 à 2,5 milliards en 2050 (ONU 2024), créant une pression migratoire massive vers l'Europe vieillissante (UE 27 perd 5 % de sa population active d'ici 2050), (5) érosion du multilatéralisme avec le retour Trump 2025 et la possible sortie des USA du HCR. Pour le candidat HGGSP, mobiliser ces enjeux articulera parfaitement les compositions sur la gouvernance, les frontières et les droits humains. La prochaine et dernière leçon vous proposera la méthodologie complète des épreuves BAC HGGSP — composition, croquis et grand oral — pour réussir l'examen final.

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