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Leçon 2 — Soins de base : toilette, repas, mobilité et transferts sécuritaires (PDSB)

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Leçon 2 — Soins de base et déplacement sécuritaire

Toilette complète, aide aux repas, transferts selon le principe PDSB de l'ASSTSAS.

Objectifs de la leçon

  • Réaliser une toilette complète au lit ou au bain selon les normes d'hygiène du MSSS
  • Appliquer le Principe de déplacement sécuritaire des bénéficiaires (PDSB) enseigné par l'ASSTSAS
  • Identifier les 13 transferts type (lit-fauteuil, fauteuil-toilette, fauteuil-civière, etc.)
  • Aider à l'alimentation y compris en présence de dysphagie (régimes adaptés DDD)
  • Prévenir les plaies de pression (échelle de Braden) et les infections nosocomiales (lavage des mains OMS)

1. Toilette complète : protocole standard

La toilette quotidienne est le soin le plus emblématique du PAB. Elle se réalise idéalement chaque matin avant le déjeuner, mais peut être adaptée selon les préférences du résident (toilette du soir). Selon le Guide d'intervention en CHSLD du MSSS (2023), la toilette poursuit cinq objectifs : hygiène, confort, observation cutanée, mobilisation et relation thérapeutique.

1.1 Préparation du matériel

  • 2 bassines d'eau tiède (38-40 °C — vérifier au coude)
  • 2 débarbouillettes : une pour le visage, une pour le corps
  • 2 serviettes : visage + corps
  • Savon doux pH neutre (ou savon prescrit en cas de dermatose)
  • Crème hydratante (Glaxal Base, Cetaphil ou prescription du DSI)
  • Vêtements propres préparés par le résident ou la famille
  • Culotte d'incontinence si applicable
  • Gants jetables et tablier protecteur
  • Sac à linge souillé (sac rouge si liquide biologique abondant)

1.2 Séquence de la toilette au lit

ÉtapeActionPoint d'attention
1Frappez à la porte, présentez-vous, expliquez le soin et obtenez le consentement verbalRespect de l'autonomie (Charte des droits)
2Lavage des mains (technique OMS, 40-60 secondes) et port des gantsFriction hydro-alcoolique si mains visiblement propres
3Élever le lit à hauteur ergonomique (coudes à 90°)Prévention TMS du soignant
4Visage : front → joues → menton → cou (sans savon en général)Observer cuir chevelu, oreilles, conjonctives
5Torse et bras (changement d'eau après les aisselles)Observer creux axillaires, sous-pectoraux (mycoses)
6Abdomen et région pubienne (renouveler eau + débarbouillette)Toujours d'avant en arrière chez la femme
7Jambes et pieds (eau renouvelée, pieds en dernier)Observer talons, orteils, ongles (pied diabétique)
8Dos et fesses (résident sur le côté, technique de roulis)Observer coccyx, ischions, sacrum (Braden)
9Hydratation cutanée + change si incontinenceCrème prescrite seulement
10Habillage et installation confortableReplacer sonnette d'appel à portée
Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS) : « L'hygiène des mains, par friction hydro-alcoolique ou lavage à l'eau et au savon, demeure la mesure unique la plus efficace pour prévenir la transmission croisée des infections en milieu de soins. » Source : who.int/infection-prevention/campaigns/clean-hands (consulté le 2026-05-27).

2. Le PDSB — Principe de déplacement sécuritaire des bénéficiaires

Le PDSB est la méthode de référence enseignée au Québec depuis 1992 par l'Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail du secteur des affaires sociales (ASSTSAS). Sa formation est obligatoire pour tout PAB embauché en CHSLD ou en CH. Le PDSB repose sur 7 principes ergonomiques visant à protéger à la fois le soignant et la personne soignée.

2.1 Les 7 principes PDSB

  1. Penser et planifier avant d'agir (P du PDSB) : évaluer la capacité du résident, l'environnement, les aides techniques disponibles
  2. Solliciter la participation du bénéficiaire (D = Demande de participation) : il fait ce qu'il peut, vous compensez ce qu'il ne peut plus faire
  3. Stabiliser sa posture : pieds écartés à la largeur des épaules, l'un devant l'autre, genoux fléchis
  4. Utiliser les muscles des jambes et non du dos
  5. Maintenir le bénéficiaire près de son centre de gravité
  6. Travailler dans le sens du mouvement (transfert linéaire, jamais en torsion)
  7. Communiquer en permanence (le compte « 1-2-3 » avant chaque mouvement)

2.2 Les 13 transferts type

#TransfertAide technique recommandée
1Repositionnement au lit (vers le haut)Drap de glissement (slide sheet)
2Roulis latéral (changement de position)Aucune si autonome partiel
3Position assise au bord du litBarre d'appui
4Lit-fauteuil debout-pivotCeinture de transfert
5Lit-fauteuil avec lève-personne sur railLève-personne plafonnier + toile
6Lit-fauteuil avec lève-personne mobileLève-personne sur roues + toile
7Fauteuil-toilette debout-pivotBarre d'appui toilette
8Fauteuil-toilette avec lève-personneToile à 4 points
9Fauteuil-civière debout-pivotCivière à hauteur ajustable
10Fauteuil-civière avec planchePlanche de transfert + drap
11Bain-doucheFauteuil de bain ou lève-personne aquatique
12Marche assistéeCadre de marche, canne, bras du soignant
13Relevé du sol après chuteJAMAIS sans évaluation infirmière — appeler la garde
Piège fréquent : la chute au sol. Si le résident chute, le PAB ne doit JAMAIS le relever sans avoir au préalable appelé l'infirmière. Une fracture du col du fémur (très fréquente chez les personnes âgées ostéoporotiques) ou un AVC peuvent avoir causé la chute. Manipuler le résident sans évaluation peut aggraver une lésion vertébrale. Procédure : couvrir le résident, sécuriser l'environnement, appeler immédiatement l'infirmière de garde, documenter l'heure et les circonstances dans la note évolutive.

3. Aide à l'alimentation

L'aide aux repas est une activité quotidienne du PAB, particulièrement délicate chez les résidents atteints de dysphagie (trouble de la déglutition), une complication majeure des AVC, de la maladie d'Alzheimer et de la maladie de Parkinson.

3.1 Régimes adaptés selon dysphagie (norme IDDSI)

Depuis 2019, les CHSLD du Québec utilisent la norme internationale IDDSI (International Dysphagia Diet Standardisation Initiative), qui classe les aliments et liquides selon 8 niveaux (0 à 7).

Niveau IDDSIDescriptionExemple
0Liquide clair (eau)Eau, thé, café noir
1Liquide légèrement épaissiEau + 1/2 sachet épaississant
2Liquide modérément épaissi (nectar)Jus de tomate, milkshake épais
3Liquide très épaissi / Aliment liquidifiéYogourt à boire épais
4Purée lissePurée de pommes de terre lisse
5Aliment haché et humideViande hachée fine + sauce
6Aliment tendre coupéPoisson tendre, légumes mous
7Régime normalTout aliment usuel

3.2 Position sécuritaire pendant les repas

  • Résident assis à 90° (jamais en demi-position)
  • Tête légèrement fléchie vers l'avant (menton vers le sternum) — favorise la fermeture du larynx
  • Petite cuillère pleine au tiers (jamais bouchée pleine)
  • Attendre la déglutition complète avant la bouchée suivante (« 1 bouchée = 1 déglutition »)
  • Maintenir la position assise 30 minutes après le repas (prévention du reflux et de la pneumonie d'aspiration)

Cas pratique : M. Tremblay, 84 ans, AVC droit

M. Tremblay est en CHSLD depuis 6 mois suite à un AVC droit avec hémiparésie gauche et dysphagie modérée. Le plan d'intervention prescrit un régime IDDSI niveau 5 + liquides niveau 2. À 12h, vous l'installez en fauteuil à 90°, vous lui donnez sa serviette de table, vous vous asseyez à sa droite (côté sain), vous lui présentez chaque plat verbalement et vous attendez son acquiescement avant chaque cuillère. À mi-repas, il tousse. Que faites-vous ?

Réponse : arrêtez immédiatement l'alimentation, attendez l'arrêt complet de la toux, observez si le résident respire normalement, vérifiez la coloration. S'il s'agit d'une toux simple (résident rouge mais qui respire), reprenez prudemment après 2 min en réduisant la quantité par bouchée. S'il devient cyanosé, ne respire plus ou émet un sifflement (stridor), c'est une obstruction des voies aériennes — appelez à l'aide, déclenchez la cloche d'urgence et appliquez la manœuvre de Heimlich si entraîné (sinon attendre l'infirmière).

4. Prévention des plaies de pression (escarres)

Les plaies de pression (anciennement « escarres ») sont une complication fréquente chez les résidents alités. La National Pressure Ulcer Advisory Panel (NPUAP) distingue 4 stades de gravité. Au Québec, le taux d'incidence cible en CHSLD est de moins de 5 % selon les indicateurs du MSSS.

4.1 L'échelle de Braden

L'échelle de Braden est utilisée pour évaluer le risque de plaie de pression. Elle évalue 6 facteurs notés de 1 à 4 : perception sensorielle, humidité, activité, mobilité, nutrition, friction/cisaillement. Score total : 6 à 23. Un score ≤ 18 indique un risque élevé.

4.2 Rôle du PAB

  • Changement de position aux 2 heures minimum (alternance dorsale, latérale droite, latérale gauche)
  • Hydratation cutanée systématique après chaque toilette
  • Garder le lit propre, sec et sans pli
  • Utiliser un matelas anti-escarres si prescrit (à mémoire de forme ou à air)
  • Observer et signaler tout rougeur persistante > 30 min
  • NE JAMAIS masser une zone rougie (réflexe ancien désormais interdit — provoque des microlésions des capillaires)
Astuce mémo PDSB : avant chaque manipulation, demandez-vous « POUSSEZ » : Planifier — Obtenir consentement — Utiliser jambes — Solliciter participation — Stabiliser posture — Eviter torsion — Z (zéro) douleur résident.

Points-clés à retenir

  • La toilette quotidienne est aussi un temps d'observation cutanée et de relation thérapeutique
  • Le PDSB (ASSTSAS) est obligatoire — 7 principes + 13 transferts type
  • Ne jamais relever un résident chuté sans évaluation infirmière préalable
  • Norme IDDSI 0 à 7 pour les régimes adaptés à la dysphagie
  • Position 90° + tête fléchie + petites bouchées = règle d'or de l'alimentation
  • Maintenir 30 min en position assise après le repas (anti-aspiration)
  • Échelle de Braden ≤ 18 = risque élevé de plaie de pression
  • Changement de position aux 2 heures pour les résidents alités
  • Ne JAMAIS masser une rougeur cutanée (contre-indication médicale)

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