Le tissage est l'un des arts les plus anciens et les plus codifiés d'Afrique. Loin d'être un simple geste utilitaire, il constitue un langage symbolique où chaque fil, chaque couleur et chaque motif portent une signification précise. Cette leçon vous emmène à la rencontre de quatre traditions textiles majeures : le bogolan malien, le kente ghanéen, le wax ouest-africain et le raphia bamiléké.
Originaire des régions Bambara et Bozo du Mali central, le bogolan (mot bambara signifiant "fait avec de la boue") est tissé en bandes étroites de coton brut, puis teint selon un procédé unique. Les femmes plongent le tissu dans une décoction de feuilles de n'gallama riche en tanins, qui le rendent jaune. Elles peignent ensuite à main levée des motifs avec une boue fermentée extraite des marigots, riche en oxyde de fer. La réaction chimique fixe le noir profond caractéristique. Chaque motif (cercles, croisillons, dents de chien, étoiles à huit branches) renvoie à des proverbes, à la généalogie ou à des étapes initiatiques. Porté lors des chasses, des mariages et des rites funéraires, le bogolan a été universalisé dans les années 1970 par l'artiste Chris Seydou.
Le kente est né au royaume Ashanti (actuel Ghana) au dix-septième siècle. Selon la légende, deux chasseurs Bonwire observèrent une araignée Anansi tisser sa toile et reproduisirent le geste. Tissé exclusivement par des hommes sur des métiers à bandes étroites de dix centimètres, il combine coton et soie aux couleurs vives : or pour la royauté, rouge pour le sang versé, vert pour la croissance, noir pour la maturité spirituelle. Plus de 300 motifs nommés existent : oyokoman (l'unité du clan royal), adwinasa (toutes les idées sont épuisées). Réservé jadis aux rois ashanti et ewé, le kente est aujourd'hui porté lors des cérémonies pan-africaines.
Le wax hollandais trouve son origine dans le batik javanais, copié par les industries textiles néerlandaises (Vlisco) au dix-neuvième siècle pour le marché indonésien. Refusé en Asie, il fut détourné vers les ports d'Afrique de l'Ouest où il rencontra un succès immense. Approprié par les femmes africaines, il est devenu un véritable média social : chaque motif porte un nom ("l'oiseau qui vole", "genito de Madame Thérèse", "ton pied mon pied") et permet d'envoyer des messages codés à un mari, à une rivale ou à la communauté. Le wax est aujourd'hui produit aussi en Côte d'Ivoire (UNIWAX) et au Ghana (GTP).
Dans les hautes terres de l'Ouest Cameroun, les Bamiléké tissent le raphia à partir des fibres extraites des palmiers. Le ndop, étoffe bleu indigo brodée de motifs blancs cousus puis teints, habille les chefferies, les trônes royaux et les masques de société Kwifoyn. Chaque motif géométrique (losanges, dents de scie, spirales) renvoie au cosmos bamiléké et au pouvoir du fon. La fabrication mobilise pendant des mois plusieurs corps de métier : tisserands, brodeuses, teinturiers.
Offrez à vos enfants un pagne wax avec un motif au nom amusant, racontez-leur l'histoire du kente lors des fêtes pan-africaines (Black History Month, journée de l'Afrique 25 mai), faites-leur toucher du bogolan et expliquez comment la boue devient noire. Ces tissus sont des passeports d'identité dans la diaspora.
Visitez le Musée du Quai Branly à Paris (collection textiles africains), le Musée des Civilisations Noires à Dakar, ou suivez les créatrices contemporaines Imane Ayissi (Cameroun), Aïssa Dione (Sénégal) et Adèle Dejak (Kenya) qui revisitent ces traditions textiles dans la haute couture.
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