Le 6 novembre 1982, Paul Barthélemy Biya'a bi Mvondo prête serment comme deuxième président du Cameroun. Né le 13 février 1933 à Mvomeka'a (Sud), formé au séminaire d'Akono puis à Sciences Po Paris, ce technocrate francophone et catholique succède au musulman peul Ahidjo. À 91 ans, il est en 2026 le plus vieux dirigeant du monde encore en exercice et le plus ancien chef d'État d'Afrique.

Biya promet un changement : libéralisation, lutte contre la corruption, démocratisation. Il publie en 1986 Pour le libéralisme communautaire, livre programmatique mêlant socialisme africain et libéralisme. Mais le 6 avril 1984, une tentative de coup d'État menée par la garde républicaine pro-Ahidjo échoue dans un bain de sang à Yaoundé. Biya en sort renforcé mais paranoïaque.
Sous la pression conjuguée du discours de La Baule (juin 1990) de François Mitterrand et des « villes mortes » organisées par John Fru Ndi du SDF (Social Democratic Front), Biya légalise le multipartisme le 19 décembre 1990. La loi sur les partis politiques autorise plus de 200 formations. Mais l'appareil d'État reste verrouillé par le RDPC (Rassemblement démocratique du peuple camerounais).
« Préparez-vous, mes chers compatriotes, à connaître votre meilleur ami : la démocratie. » — Paul Biya, discours du 11 décembre 1990.
Depuis octobre 2016, les régions anglophones du Nord-Ouest et Sud-Ouest sont en proie à une crise sécessionniste. Avocats et enseignants protestent contre la marginalisation du système judiciaire et éducatif anglophone. La répression militaire alimente la spirale : déclaration unilatérale de l'Ambazonie (1er octobre 2017), guerre civile larvée, plus de 6 000 morts et 700 000 déplacés selon l'ICG.

À l'Extrême-Nord, l'Armée camerounaise mène depuis 2014 une guerre contre Boko Haram, combat coûteux humainement et financièrement. Parallèlement, le pétrole décline, la dette publique explose (>45% du PIB en 2024), et la corruption persiste : le Cameroun est classé 140e/180 par Transparency International en 2024.
Biya passe en moyenne plusieurs mois par an à l'hôtel Intercontinental de Genève. Les Camerounais de la diaspora (estimés à 1,5 million dans le monde) constituent un vivier d'opposition active : manifestations devant les ambassades, rassemblements de la Brigade anti-sardinards (BAS), militants comme Maurice Kamto en exil. La présidentielle de 2025 - où Biya, 92 ans, brigue un 8e mandat - cristallise toutes les attentes.
Sources : Fanny Pigeaud, Au Cameroun de Paul Biya (2011) ; ICG, rapports sur la crise anglophone ; Transparency International CPI 2024.
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