Concours Magistrature & ENAM section judiciaire
À la fin de cette leçon, vous saurez :
Le système juridique camerounais se caractérise par un bijuridisme issu de son histoire coloniale : héritage du droit civil français dans les régions francophones et du droit de common law britannique dans les régions anglophones. Pour les candidats aux concours organisés par l'École Nationale d'Administration et de Magistrature (ENAM), l'Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC), l'École Normale Supérieure (ENS) et l'École Militaire Inter-Armées (EMIA), la maîtrise des deux codes fondamentaux — civil et pénal — constitue un prérequis absolu, évalué tant dans les épreuves écrites (dissertation, note de synthèse) que lors de l'oral devant jury.
Selon le Décret présidentiel d'organisation des concours et le référentiel officiel du Ministère de la Fonction Publique et de la Réforme Administrative (MINFOPRA), les épreuves portent notamment sur le droit constitutionnel, la culture générale, l'anglais administratif et la capacité à produire une note de synthèse démontrant la maîtrise du cadre juridique camerounais. Le Code civil, hérité de la loi française de 1804 mais adapté par diverses lois nationales (notamment la loi de 1981 sur les successions), régit les rapports entre personnes privées. Le Code pénal 2016 (loi n°2016/007) a modernisé l'arsenal répressif en intégrant des infractions contemporaines et en renforçant la protection des populations vulnérables. Enfin, l'adhésion du Cameroun à l'OHADA (Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires) depuis 1995 impose une couche juridique supranationale directement applicable en matière commerciale.
Cette leçon vise à vous donner les clés méthodologiques et substantielles pour traiter tout sujet de concours relevant du droit civil, pénal ou commercial camerounais. Les annales de l'ENAM et de l'IRIC montrent que les sujets privilégient des cas pratiques complexes exigeant la mobilisation conjointe de plusieurs codes, ainsi qu'une analyse critique des évolutions législatives récentes.
Le Code civil camerounais reprend la structure napoléonienne de 1804, divisée en quatre livres principaux :
| Livre | Matières couvertes | Articles de référence |
|---|---|---|
| Livre I | Des Personnes (état civil, nationalité, mariage, filiation, majorité, tutelle, curatelle) | Art. 1-515 |
| Livre II | Des Biens et des différentes modifications de la propriété (meubles, immeubles, usufruit, servitudes) | Art. 516-710 |
| Livre III | Des différentes manières d'acquérir la propriété (successions, donations, contrats, privilèges et hypothèques) | Art. 711-2278 |
| Disposition spéciale | Succession coutumière (option entre droit civil et coutume) | Loi n°81-02 du 29 juin 1981 |
⚠️ Particularité camerounaise fondamentale : La loi n°81-02 du 29 juin 1981 relative aux successions et libéralités permet au de cujus (défunt) de choisir entre le régime successoral du Code civil (répartition égalitaire, réserve héréditaire) et le régime coutumier (transmission selon les règles ethniques, souvent patrilinéaire). Cette dualité est source de contentieux récurrents, notamment lorsque le défunt n'a pas expressément manifesté son choix. La Cour suprême a jugé qu'en l'absence de choix explicite, la coutume prime si le défunt a vécu conformément à celle-ci.
La loi n°2016/007 du 12 juillet 2016 portant Code pénal a abrogé et remplacé l'ancien code de 1967. Elle introduit plusieurs innovations majeures :
Le Code pénal 2016 durcit les sanctions pour les infractions graves (terrorisme, corruption, détournement de fonds publics, infractions sexuelles sur mineurs). Il introduit également la peine de mort par pendaison pour certains crimes (meurtre aggravé, terrorisme), bien que le Cameroun observe un moratoire de facto depuis 2003.
📌 Définition normative - Crime vs Délit vs Contravention :
L'Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA), créée par le Traité de Port-Louis (1993, révisé en 2008), regroupe 17 États africains dont le Cameroun. Son objectif : harmoniser le droit commercial pour sécuriser les investissements et favoriser l'intégration économique régionale.
Les Actes Uniformes OHADA sont d'applicabilité directe dans tous les États membres. Ils prévalent sur les lois nationales contraires (principe de supranationalité). Le Cameroun applique actuellement 10 Actes Uniformes :
Siégeant à Abidjan (Côte d'Ivoire), la CCJA est la juridiction supranationale de l'OHADA. Elle exerce trois compétences :
⚠️ Piège récurrent aux concours : Ne confondez pas la CCJA (juridiction supranationale OHADA) et la Cour suprême du Cameroun. En matière OHADA, le pourvoi en cassation relève exclusivement de la CCJA, même si l'affaire a été jugée par une juridiction camerounaise. Toute décision de justice nationale appliquant un Acte Uniforme peut faire l'objet d'un pourvoi devant la CCJA. La Cour suprême camerounaise conserve sa compétence pour toutes les autres matières (droit constitutionnel, pénal, administratif, etc.).
Selon la Constitution du 18 janvier 1996 (révisée en 2008), la hiérarchie des normes est la suivante :
| Rang | Source | Exemples |
|---|---|---|
| 1 | Constitution | Constitution du 18 janvier 1996, Préambule (droits fondamentaux) |
| 2 | Traités et accords internationaux ratifiés | Charte africaine des droits de l'homme, Traité OHADA, Conventions OIT |
| 3 | Actes Uniformes OHADA | AU sur les sociétés, les sûretés, l'arbitrage |
| 4 | Lois organiques et ordinaires | Code civil, Code pénal, lois sectorielles |
| 5 | Décrets, arrêtés, circulaires | Décrets d'application, arrêtés ministériels |
| 6 | Coutumes (si non contraires à l'ordre public) | Règles successorales coutumières, dot, droit foncier traditionnel |
Le système juridique camerounais est marqué par un pluralisme juridique : coexistence du droit écrit (d'inspiration française ou anglaise) et des droits coutumiers (plus de 200 groupes ethniques avec leurs propres règles). Deux domaines sont particulièrement concernés :
Selon la loi n°2006/015 du 29 décembre 2006 portant organisation judiciaire, la hiérarchie des juridictions est la suivante :
Énoncé :
M. NGONO, ressortissant de l'Ouest-Cameroun, décède en 2023 à Yaoundé sans testament. Il laisse une épouse (Mme NGONO, mariée sous le régime de la communauté des biens), trois enfants (deux filles et un garçon) et deux frères cadets. De son vivant, M. NGONO avait immatriculé une parcelle à Douala au nom de sa famille. Les frères revendiquent la totalité du patrimoine conformément à la coutume Bamiléké (transmission patrilinéaire aux frères). Les enfants réclament l'application du Code civil (répartition égalitaire).
Question : Quelle loi successorale s'applique ? Quelle sera la répartition des biens ?
Résolution méthodique :
Étape 1 : Identifier le cadre juridique
Étape 2 : Qualifier la situation
M. NGONO n'a laissé aucun testament ni déclaration de choix de régime successoral. Il faut donc rechercher s'il a vécu conformément à la coutume Bamiléké. Indices à analyser :
Étape 3 : Appliquer la solution juridique
En l'absence d'éléments démontrant une vie exclusivement coutumière, et compte tenu du mariage civil et de l'immatriculation foncière (actes relevant du droit écrit), le régime du Code civil s'impose.
Répartition selon le Code civil :
✅ Conclusion : Les enfants et l'épouse ont gain de cause. Les frères ne peuvent revendiquer la succession que si le défunt avait expressément opté pour la coutume ou vécu de manière manifestement coutumière (preuve à leur charge). Cette solution illustre la priorité donnée au droit écrit en cas de doute, conformément à l'évolution jurisprudentielle de la Cour suprême depuis les années 2000.
Énoncé :
Dans le village de Mokolo (Extrême-Nord), M. HAMADOU, notable local, contraint sa fille âgée de 16 ans à épouser un commerçant de 52 ans moyennant une dot de 2 millions FCFA. La jeune fille refuse catégoriquement mais est séquestrée pendant trois jours et menacée de malédictions par son père et le chef traditionnel. Le mariage est célébré selon la coutume. Informée, la gendarmerie interpelle M. HAMADOU et le chef.
Question : Quelles infractions peuvent être retenues ? Quelles sont les peines encourues ? Le mariage est-il valable ?
Résolution méthodique :
Étape 1 : Identification des infractions
| Infraction | Base légale | Peine encourue |
|---|---|---|
| Mariage forcé | Code pénal art. 356 | 5 à 10 ans + 25 000 à 1 000 000 FCFA |
| Séquestration de personne | Code pénal art. 277 | 5 à 10 ans |
| Menaces | Code pénal art. 301 | 15 jours à 3 ans + amende |
| Complicité |
Fiche mémo · Méthodologie · Sujets corrigés · Quiz auto-évaluation
Les 10 points-clés à connaître par cœur pour le concours ENAM 2026 :
5 conseils pour réussir une épreuve sur ce sujet au concours ENAM :
Réformes majeures : 2006 (Organisation Judiciaire) · 2010 (Cybersécurité) · 2011 (TCS) · 2016 (Code pénal nouveau, statut mariage) · 2019 (CTD). À mémoriser dates + objets.
Classification en droit pénal camerounais (art. 11 CP) : Crime = peine perpétuité ou ≥ 10 ans · Délit = peine 10 jours à 10 ans · Contravention = peine ≤ 10 jours ou amende. Compétences juridictionnelles : Cours d'assises (crimes), TGI (délits), TPI (contraventions).
3 éléments : 1) Élément légal (texte d'incrimination) · 2) Élément matériel (acte/omission) · 3) Élément moral (intention ou faute). Présomption d'innocence + charge de la preuve incombe au parquet.
❌ Penser que la peine de mort est abolie au Cameroun (elle existe en théorie, art. 18 CP) · ❌ Confondre détournement et concussion (art. 184 vs 142 CP) · ❌ Ignorer le statut spécial du mariage coutumier · ❌ Penser que le Code Pénal 2016 a supprimé l'adultère (il l'a redéfini).
La responsabilité civile vise la réparation du dommage (art. 1382 et s. Code civil). La responsabilité pénale vise la sanction. Une action peut être à la fois civile (action civile devant juge pénal) ET pénale. Article 8 CPP.
Sujets effectivement tombés au concours ENAM ces dernières années avec corrigé détaillé :
Concours ENAM 2023 — Magistrature
I. Des avancées juridiques majeures
II. Mais des limites à surmonter
Références à citer : Loi 2016/007, conventions internationales (CRC, CEDAW), jurisprudence Cour Suprême
Concours ENAM 2022
I. Une coexistence régulée des régimes
II. Mais des tensions à apaiser
Références à citer : Code Civil, Loi 1981/02 état civil, Constitution art. 26 (parité), CEDAW
Concours ENAM 2024
I. Un cadre juridique solide
II. Mais des défis structurels
Références à citer : Loi 2010/012, Code Pénal art. 76+, Convention Budapest cybercrim, rapports ANTIC
Vérifiez votre maîtrise du chapitre. La bonne réponse est marquée par ✅ :
1. Le Code pénal actuel du Cameroun date de :
Explication : Loi 2016/007 du 12 juillet 2016, nouveau Code pénal qui remplace celui de 1965 et modernise plusieurs incriminations.
2. L'âge minimum du mariage au Cameroun est :
Explication : Code pénal 2016 + révisions : 18 ans minimum pour la femme ET l'homme. Lutte contre les mariages précoces.
3. La peine de mort au Cameroun :
Explication : La peine de mort existe en droit (art. 18 CP) mais avec moratoire de fait depuis 1997. Des condamnations sont prononcées sans exécution.
4. Le détournement de deniers publics est puni par l'article :
Explication : Art. 184 du nouveau Code pénal 2016. Peines : 15 à 20 ans + confiscation. TCS compétent si ≥ 50 millions FCFA.
5. Le délit se distingue du crime par :
Explication : Crime = peine ≥ 10 ans (Cour d'assises). Délit = 10 jours à 10 ans (TGI). Contravention = < 10 jours ou amende (TPI).
6. Le mariage civil au Cameroun est célébré par :
Explication : Officier d'état civil = maire ou délégataire (chef de poste de l'état civil). Loi 1981/02 réformée.
7. Combien de livres comprend le Code civil camerounais ?
Explication : 4 livres : Personnes, Biens, Obligations & Successions, Sûretés. Structure héritée du Code Napoléon 1804.
8. La prescription d'un crime au Cameroun est de :
Explication : Code pénal 2016 : 30 ans pour les crimes (allongement de la prescription). Délit : 6 ans. Contravention : 1 an.
9. L'élément moral d'une infraction est :
Explication : Élément moral = intention coupable (dol) ou faute. Élément matériel = acte. Élément légal = loi qui réprime.
10. L'adultère dans le Code pénal 2016 :
Explication : Code pénal 2016 (art. 361) : adultère puni des deux côtés (homme/femme) de manière similaire — réforme importante de 2016.
📚 Vous avez terminé l'enrichissement de ce chapitre.
Continuez avec le simulateur ENAM pour vous mettre en condition réelle.
🎯 Lancer le simulateur ENAMInscrivez-vous pour accéder aux 5 autres leçons + le quiz final.
Créer mon compteChoisis quels cookies tu acceptes — modifiable à tout moment.