À la fin de cette leçon, vous saurez :
Le commentaire composé constitue l'une des épreuves majeures de l'examen du Baccalauréat série A au Cameroun. Selon les programmes officiels du Ministère des Enseignements Secondaires (MINESEC) et les directives de l'Office du Baccalauréat du Cameroun (OBC), cette épreuve évalue la capacité du candidat à analyser un texte littéraire en mobilisant des outils méthodologiques rigoureux. L'exercice exige une double compétence : la compréhension fine du sens du texte et l'identification précise des procédés formels qui le construisent. Le coefficient attribué au Français-Littérature en série A souligne l'importance stratégique de cette discipline pour l'obtention du diplôme.
Dans le cadre du BAC série A, l'épreuve de Français-Littérature se déroule sous forme d'écrit obligatoire d'une durée de quatre heures. Le candidat doit choisir entre plusieurs sujets, dont le commentaire composé d'un extrait littéraire. Conformément au format officiel des examens du MINESEC, le texte proposé peut être issu de la littérature française classique, moderne ou de la littérature francophone africaine. L'évaluation porte sur la rigueur méthodologique, la qualité de l'analyse littéraire, la pertinence des axes de lecture et la maîtrise de l'expression écrite. La note minimale de 10/20 est requise pour contribuer positivement à l'admission finale au BAC.
Le commentaire composé se distingue fondamentalement de la dissertation littéraire (étudiée au Chapitre 1) par son objet : il s'agit d'analyser un texte singulier dans sa spécificité, non de développer une réflexion générale sur une question littéraire. Cette épreuve mobilise également les connaissances sur les figures de style et la versification (Chapitre 5), ainsi que la culture littéraire sur les auteurs francophones africains (Chapitre 3) et les mouvements littéraires (Chapitre 4). La maîtrise du commentaire composé constitue donc une compétence transversale essentielle pour l'ensemble du programme de Terminale A.
Définition officielle : La lecture méthodique consiste en une exploration progressive et systématique du texte, visant à dégager simultanément son sens global et ses modalités d'expression. Selon les référentiels du MINESEC, elle doit s'effectuer en trois temps distincts et complémentaires.
Première lecture – compréhension globale : Cette première approche vise à saisir le sens littéral du texte, identifier le genre littéraire (poésie, théâtre, roman, essai), déterminer la situation d'énonciation (qui parle ? à qui ? quand ? où ?) et repérer le thème général. Vous devez vous interroger sur la nature du texte (narratif, descriptif, argumentatif, dialogué) et son registre dominant (lyrique, tragique, comique, polémique, pathétique).
Deuxième lecture – analyse structurelle : Il s'agit de découper le texte en mouvements ou parties logiques. Observez les transitions, les ruptures, les progressions thématiques ou argumentatives. Identifiez la structure syntaxique dominante (phrases courtes ou longues, parataxe ou hypotaxe) et repérez les champs lexicaux principaux. Cette lecture permet de dégager l'organisation interne du passage.
Troisième lecture – repérage des procédés : Cette lecture analytique se concentre sur les figures de style, les choix lexicaux significatifs, les effets de rythme et de sonorité (en poésie), les modalités d'énonciation, les temps verbaux et leurs valeurs. Vous devez constituer un relevé systématique des procédés littéraires en les classant par catégorie (lexicaux, stylistiques, syntaxiques, rythmiques).
Définition normative : Les axes de lecture constituent les grandes orientations interprétatives qui structurent le commentaire. Ils doivent être au nombre de deux ou trois, selon les instructions officielles de l'OBC, et répondre à une problématique d'ensemble dégagée du texte.
Un axe de lecture n'est pas une simple description du texte, mais une proposition interprétative qui révèle un aspect essentiel de sa signification ou de sa construction. Chaque axe doit être formulé de manière claire et dynamique, en évitant les titres trop généraux (« Les procédés stylistiques ») au profit de formulations précises (« La dramatisation du paysage au service de l'expression du désespoir »).
Critères de validité des axes : Un bon axe de lecture doit être démontrable par de nombreux exemples tirés du texte, porter sur l'ensemble ou une large partie du passage, articuler fond et forme (sens et procédés), et s'inscrire dans une progression logique avec les autres axes. Les axes doivent être complémentaires, non redondants, et construire ensemble une interprétation cohérente et complète du texte.
⚠️ ATTENTION : Les programmes officiels du MINESEC prohibent formellement le plan linéaire (qui suit l'ordre du texte) au profit du plan thématique. Cette exigence est systématiquement sanctionnée lors de la correction des épreuves du BAC série A.
Le plan thématique organise l'analyse selon des idées directrices transversales, qui traversent l'ensemble du texte. Chaque grande partie (axe de lecture) regroupe des observations portant sur différents moments du passage, reliées par une même problématique interprétative. Par exemple, si un axe porte sur « L'expression de la révolte », vous pouvez commenter successivement des éléments du début, du milieu et de la fin du texte, dès lors qu'ils illustrent tous cette dimension.
Structure type d'un plan thématique : I. Premier axe de lecture (avec 2-3 sous-parties développant différents aspects) ; II. Deuxième axe de lecture (avec 2-3 sous-parties) ; III. Troisième axe de lecture éventuel (avec 2-3 sous-parties). Chaque sous-partie doit contenir des citations précises, l'analyse des procédés littéraires identifiés et l'interprétation de leurs effets de sens.
L'introduction du commentaire composé obéit à une structure canonique en quatre étapes obligatoires, conformément aux critères d'évaluation de l'OBC :
La conclusion se compose de deux mouvements : d'abord, une synthèse récapitulative qui rappelle les principaux résultats de l'analyse en reformulant les axes sans les répéter mécaniquement ; ensuite, une ouverture qui élargit la réflexion vers d'autres textes de l'auteur, d'autres œuvres traitant du même thème, ou une problématique littéraire plus générale. L'ouverture doit rester sobre et pertinente, en évitant les généralités creuses.
| Catégorie | Procédés | Effets de sens typiques |
|---|---|---|
| Procédés lexicaux | Champ lexical, registre de langue, néologisme, archaïsme, terme technique | Cohérence thématique, caractérisation sociale, innovation stylistique, couleur historique |
| Figures d'analogie | Comparaison, métaphore, métaphore filée, personnification, allégorie | Concrétisation d'une idée abstraite, création d'images, dimension symbolique |
| Figures d'amplification | Hyperbole, gradation, énumération, accumulation, pléonasme | Intensification, dramatisation, saturation expressive |
| Figures d'opposition | Antithèse, oxymore, chiasme, antiphrase (ironie) | Mise en relief de contradictions, tension dramatique, distance critique |
| Figures syntaxiques | Anaphore, parallélisme, répétition, ellipse, asyndète, polysyndète | Rythme, insistance, structure musicale, accélération ou ralentissement |
| Modalités d'énonciation | Question rhétorique, exclamation, apostrophe, impératif | Implication du lecteur, expression de l'émotion, dimension oratoire |
💡 Principe méthodologique essentiel : L'identification d'un procédé ne suffit jamais. Vous devez systématiquement expliquer sa fonction dans le texte : quel est son effet de sens ? Comment contribue-t-il à la signification globale ? Quelle est son efficacité littéraire ?
La qualité de l'expression constitue un critère d'évaluation majeur dans la grille de correction de l'OBC. Plusieurs exigences formelles s'imposent : le commentaire doit être entièrement rédigé (pas de style télégraphique ni de tirets), organisé en paragraphes clairement distincts, respecter scrupuleusement l'orthographe et la syntaxe, et employer un vocabulaire précis et varié.
Les transitions : Entre chaque grande partie et entre les sous-parties, vous devez rédiger des phrases de transition qui assurent la cohérence de l'ensemble. Ces transitions rappellent brièvement le point établi et annoncent le suivant, en soulignant leur articulation logique. Exemple : « Après avoir montré comment le paysage se charge d'une dimension dramatique, observons maintenant la façon dont le narrateur intériorise cette violence naturelle. »
La citation des exemples : Toute citation doit être intégrée syntaxiquement dans votre phrase, mise entre guillemets et suivie de la référence précise (numéro de ligne). L'analyse doit immédiatement suivre la citation : citez, puis analysez, puis interprétez. Ne juxtaposez jamais plusieurs citations sans commentaire.
« Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher. »
Démarche d'analyse pas à pas :
Étape 1 – Compréhension globale : Cette strophe finale établit une comparaison explicite entre l'albatros et le Poète (majuscule allégorique). Le texte développe le thème de l'inadaptation du créateur dans la société ordinaire. Le registre est lyrique et pathétique.
Étape 2 – Identification des procédés : Comparaison explicite (« est semblable à ») ; métaphore nobiliaire (« prince des nuées ») ; personnification de l'oiseau ; antithèse spatiale (ciel/sol) ; hyperbole (« ailes de géant ») ; champ lexical de la majesté et de la souffrance ; rythme de l'alexandrin avec césure classique.
Étape 3 – Construction des axes de lecture :
Étape 4 – Rédaction d'un paragraphe analytique :
La strophe s'ouvre sur une comparaison explicite, annoncée par « est semblable à » (vers 1), qui établit une équivalence entre l'albatros et le Poète. Cette majuscule allégorique confère une dimension universelle à la figure du créateur. La métaphore nobiliaire « prince des nuées » (vers 1) sublime l'oiseau en lui attribuant une supériorité aristocratique dans son élément naturel, le ciel. Cette noblesse s'affirme par la proposition relative « Qui hante la tempête et se rit de l'archer » (vers 2), où le verbe « hanter » suggère une familiarité souveraine avec les éléments déchaînés, tandis que l'expression « se rit de » marque le mépris amusé face aux menaces. Baudelaire construit ainsi l'image d'un Poète-roi dans la sphère idéale de la création. Toutefois, cette grandeur se renverse brutalement au vers 3 : « Exilé sur le sol au milieu des huées ». L'antithèse spatiale entre les « nuées » du vers 1 et le « sol » du vers 3 matérialise la chute tragique. Le participe « Exilé » condense l'idée d'exclusion douloureuse, renforcée par la violence sonore des « huées » qui évoquent l'hostilité collective. Le dernier vers formule le paradoxe central : « Ses ailes de géant l'empêchent de marcher » (vers 4). L'hyperbole « ailes de géant », qui devrait signifier la puissance, devient ici un handicap dans le monde terrestre. Le verbe « empêchent » souligne l'impuissance, et la déambulation prosaïque (« marcher ») contraste avec l'envol majestueux initial. Cette clausule pathétique résume le drame du créateur, dont les qualités exceptionnelles deviennent des obstacles dans la société ordinaire.
« Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n'avais pas le temps de me dire : "Je m'endors." Et, une demi-heure après, la pensée qu'il était temps de chercher le sommeil m'éveillait ; je voulais poser le volume que je croyais avoir encore dans les mains et souffler ma lumière ; je n'avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je venais de lire, mais ces réflexions avaient pris un tour un peu particulier ; il me semblait que j'étais moi-même ce dont parlait l'ouvrage. »
Marcel Proust, Du côté de chez Swann
Construction d'une introduction complète :
[Amorce] Le roman du XXe siècle renouvelle profondément les techniques narratives en explorant la conscience subjective et la temporalité intérieure. [Présentation] Cet extrait constitue l'incipit célèbre de Du côté de chez Swann (1913), premier volume de À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, écrivain majeur du modernisme littéraire français. [Caractérisation] Le narrateur évoque, à la première personne, ses habitudes de coucher et l'état singulier entre veille et sommeil où se mêlent réalité et lecture. Ce passage inaugural met en scène une conscience flottante qui interroge les frontières de l'identité et du temps. [Annonce du plan] Nous analyserons d'abord comment Proust représente la confusion des états de conscience, puis nous étudierons la dimension réflexive de cette ouverture qui fait du livre un personnage à part entière.
ANTIGONE : Comprends-tu, je ne peux pas dormir. Je ne pourrai plus dormir. Il faut que je meure. Et si tu veux, c'est maintenant tout de suite que je mourrai, c'est aussi efficace.
HÉMON : Voyons, Antigone...
ANTIGONE : Non, ne me touche pas ! Je ne veux plus que tu me touches. C'est trop tard.
HÉMON : Antigone, calme-toi.
ANTIGONE : Je ne me calmerai pas. Comment veux-tu que je me calme ? Il faudrait que je puisse encore dormir... que je puisse encore croire... Croire en quoi ? Je vais mourir tout à l'heure et je ne veux pas croire que je vais mourir.
Jean Anouilh, Antigone
Identification des axes de lecture pertinents :
Ébauche d'analyse pour l'axe I : Le discours d'Antigone se caractérise par une syntaxe heurtée, marquée par de nombreuses phrases courtes et des négations obsessionnelles. La répétition anaphorique « Je ne peux pas... Je ne pourrai plus » (ligne 1) traduit l'enfermement mental du personnage. Le champ lexical du sommeil (« dormir », trois occurrences) fonctionne comme métaphore de la paix impossible. Les phrases interrogatives et exclamatives (« Croire en quoi ? ») manifestent l'agitation intérieure. L'expression « tout à l'heure » banalise paradoxalement l'événement tragique, créant un effet d'étrangeté.
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