Chapitre 2 — Culture générale Burkina Faso
Histoire, géographie, institutions, villes et personnalités du Burkina Faso — tout ce qu'il faut maîtriser pour réussir l'épreuve de culture générale aux concours burkinabè.
Objectifs pédagogiques
- Retracer les grandes étapes de l'histoire du Burkina Faso de la Haute-Volta à nos jours
- Identifier les 13 régions, les 45 provinces et les principales villes du pays
- Connaître les institutions constitutionnelles burkinabè et leurs représentants historiques
- Maîtriser les dates et événements clés (indépendance, révolutions, changements de régime)
- Comprendre les enjeux culturels et sociaux du Burkina Faso contemporain
Prérequis
Ce chapitre suppose une culture générale de base sur l'Afrique de l'Ouest et la colonisation française. La lecture du chapitre 1 (concours et institutions) facilitera la mise en contexte des personnalités politiques citées ici.
Introduction
Le Burkina Faso est un pays d'Afrique de l'Ouest sans accès à la mer, entouré par six pays : le Mali au nord et à l'ouest, le Niger au nord-est, le Bénin à l'est, le Togo et le Ghana au sud, et la Côte d'Ivoire au sud-ouest. Avec une superficie de 274 200 km² et une population d'environ 22 millions d'habitants (2024), il est l'un des pays les plus peuplés du Sahel.
Son nom signifie en langues mooré et dioula : "Burkina" = hommes intègres (mooré) et "Faso" = patrie ou nation (dioula). Ce nom a été choisi le 4 août 1984 par le président Thomas Sankara pour remplacer l'ancienne dénomination coloniale "Haute-Volta". Cet acte symbolique fort illustre la volonté révolutionnaire de rompre avec l'héritage colonial.
Capitale : Ouagadougou (siège des institutions, plus grande ville, ~3 millions d'habitants dans l'agglomération). Deuxième ville : Bobo-Dioulasso (~1 million d'habitants, capitale économique informelle, plus cosmopolite et pluriethnique).
1. Histoire du Burkina Faso — de la préhistoire à l'indépendance
Périodes précoloniales
La région de l'actuel Burkina Faso a été le berceau de plusieurs royaumes puissants :
- Empire du Yatenga : royaume mossi du nord, avec Ouahigouya comme capitale.
- Royaume du Mogho-Naaba : le plus grand État mossi, dirigé par le Mogho-Naaba (l'Empereur des Mossi) à Ouagadougou. L'institution du Mogho-Naaba existe encore aujourd'hui en tant que chefferie traditionnelle respectée.
- Empire de Kong : au sud-ouest, peuple dioula (commerce transsaharien).
- Royaumes gourmantché : à l'est du pays.
Les Mossi constituent le groupe ethnique le plus important (environ 50% de la population). Les autres groupes principaux sont les Fula (Peuls), les Gourmantché, les Lobi, les Senufo, les Dioula.
Colonisation française (1896-1960)
La France soumet les royaumes mossi à partir de 1896. En 1919, la colonie de Haute-Volta est créée. En 1932, elle est démembrée et partagée entre le Soudan français, la Côte d'Ivoire et le Niger. En 1947, la Haute-Volta est reconstituée sous la pression des chefs mossi.
Le 11 décembre 1958, la Haute-Volta devient une République autonome au sein de la Communauté française, puis accède à l'indépendance totale le 5 août 1960. Premier président : Maurice Yaméogo.
2. De l'indépendance à la Révolution sankariste (1960-1987)
| Période | Chef d'État | Régime |
| 1960-1966 | Maurice Yaméogo | Parti unique (UDV-RDA), renversé par coup d'État militaire |
| 1966-1978 | Sangoulé Lamizana | Régime militaire + périodes civiles alternées |
| 1980-1982 | Saye Zerbo | Comité Militaire de Redressement (CMR) |
| 1982-1983 | Jean-Baptiste Ouédraogo | Conseil de Salut du Peuple (CSP) |
| 4 août 1983 | Thomas Sankara | Révolution démocratique et populaire (RDP) — CNR |
Thomas Sankara et la Révolution (1983-1987)
Thomas Sankara prend le pouvoir lors du coup d'État du 4 août 1983 à la tête du Conseil National de la Révolution (CNR). Ses principales actions :
- 4 août 1984 : Rebaptisation du pays en "Burkina Faso" et adoption d'un nouvel hymne (Ditanyè).
- Programme de vaccination de masse (millions d'enfants vaccinés en quelques jours).
- Lancement d'un programme d'alphabétisation nationale.
- Politique de reforestation et de lutte contre la désertification (millions d'arbres plantés).
- Émancipation des femmes, interdiction de l'excision et de la polygamie forcée.
- Réforme agraire : redistribution des terres des chefs traditionnels aux paysans.
- Nationalisation des salaires des fonctionnaires, austérité budgétaire.
- Discours iconique à l'ONU le 4 octobre 1984 sur la dette africaine.
Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara est assassiné lors d'un coup d'État perpétré par son compagnon Blaise Compaoré, qui dirigera le pays jusqu'en 2014.
3. De Compaoré à la Transition actuelle (1987-2024)
Blaise Compaoré instaure le Front Populaire, puis le régime du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP). Sous sa présidence, la Constitution de 1991 est adoptée, permettant un multipartisme formel. Il est réélu plusieurs fois (1991, 1998, 2005, 2010, 2015 annulée).
En octobre 2014, il est renversé par un soulèvement populaire contre sa tentative de modifier l'article 37 de la Constitution (limitation des mandats). Il fuit en Côte d'Ivoire.
Suit une période de Transition politique (2014-2015) sous Michel Kafando, puis l'élection de Roch Marc Christian Kaboré en décembre 2015 (premier chef d'État civil démocratiquement élu dans l'histoire du pays). Il est réélu en 2020 mais renversé par un coup d'État militaire en janvier 2022 (lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba).
En septembre 2022, Damiba est à son tour renversé par le capitaine Ibrahim Traoré, qui dirige le pays en 2024 au sein du Mouvement Patriotique pour la Sauvegarde et la Restauration (MPSR 2). Le contexte sécuritaire est dominé par la lutte contre les groupes armés terroristes (JNIM, GSIM) qui occupent une partie du territoire.
4. Géographie administrative : 13 régions et 45 provinces
Depuis la réforme de 2001, le Burkina Faso est divisé en 13 régions, 45 provinces, 351 communes et 8 178 villages.
| Région | Chef-lieu | Nb provinces |
| Boucle du Mouhoun | Dédougou | 5 |
| Cascades | Banfora | 2 |
| Centre | Ouagadougou | 1 |
| Centre-Est | Tenkodogo | 3 |
| Centre-Nord | Kaya | 3 |
| Centre-Ouest | Koudougou | 4 |
| Centre-Sud | Manga | 3 |
| Est | Fada N'Gourma | 5 |
| Hauts-Bassins | Bobo-Dioulasso | 3 |
| Nord | Ouahigouya | 4 |
| Plateau-Central | Ziniaré | 3 |
| Sahel | Dori | 4 |
| Sud-Ouest | Gaoua | 5 |
5. Villes principales et particularités
- Ouagadougou : Capital politique, culturelle et administrative. Siège du gouvernement, des ministères, de l'Assemblée nationale, de l'ENAM. Le Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO), le plus grand festival de cinéma africain, s'y tient tous les deux ans (années impaires).
- Bobo-Dioulasso : Deuxième ville, capitale économique informelle, pluriethnique. Aéroport international. La grande mosquée de Dioulassoba (18e siècle) est un monument historique.
- Koudougou : Troisième ville, bastion du mouvement syndical et civique (soulèvements 2011).
- Banfora : Région des Cascades, agriculture intensive (canne à sucre, anacarde).
- Ouahigouya : Capitale du Yatenga, haut lieu de la royauté mossi historique.
6. Religions, langues et culture
Le Burkina Faso est un État laïc dans lequel coexistent harmonieusement :
- Islam : environ 60% de la population (sunnite, soufi).
- Christianisme : environ 23% (catholicisme majoritaire, protestantisme).
- Religions traditionnelles africaines : environ 15%.
La langue officielle est le français. Les langues nationales les plus parlées sont le mooré (Mossi, centre), le dioula (ouest et Bobo), et le fulfuldé (Peuls, nord). Le Burkina Faso compte environ 60 langues nationales.
La culture burkinabè est riche en traditions : masques du peuple bobo et bwa, sculpture lobi, tissage de coton et soie sauvage (bogolan). Le FESPACO (biennal, Ouagadougou) et la Semaine Nationale de la Culture (SNC) (biennal, Bobo-Dioulasso) sont des événements culturels majeurs.
7. Symboles nationaux
| Symbole | Description |
| Drapeau | Deux bandes horizontales (rouge en haut, vert en bas) + étoile jaune à cinq branches au centre |
| Hymne national | Ditanyè (Hymne de la Victoire), adopté en 1984 |
| Devise | "Unité — Progrès — Justice" |
| Fête nationale | 11 décembre (proclamation de la République, 1958) |
| Monnaie | Franc CFA (XOF), émis par la BCEAO |
8. Les grandes personnalités burkinabè
- Thomas Sankara (1949-1987) : Président révolutionnaire, figure de proue du panafricanisme, surnommé "l'Ernesto Che Guevara africain". Assassiné le 15 octobre 1987.
- Blaise Compaoré (né 1951) : A dirigé le pays de 1987 à 2014, renversé par insurrection populaire. En exil en Côte d'Ivoire.
- Gérard Kango Ouédraogo (1925-2009) : Figure politique majeure de la Première République.
- Alain Ilboudo (né 1966) : Représentant du Burkina Faso à l'UNESCO, diplomate.
- Idrissa Ouédraogo (1954-2018) : Cinéaste burkinabè de renommée mondiale, Palme d'Or à Cannes en 1990 pour Tilai.
- Mogho-Naaba Baongho (actuel) : Chef traditionnel suprême des Mossi, institution respectée coexistant avec le pouvoir républicain.
9. Le Burkina Faso dans les organisations régionales et internationales
- CEDEAO (ECOWAS) : Communauté Économique des États d'Afrique de l'Ouest — membre depuis 1975. (Suspendu 2022-2024 suite aux coups d'État, comme le Mali et le Niger).
- UEMOA : Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine — membre fondateur (1994). Siège à Ouagadougou.
- Union Africaine (UA) : Membre depuis 2002 (successeur de l'OUA).
- Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).
- ONU : Membre depuis 1960.
- G5 Sahel : Alliance sécuritaire avec Mali, Niger, Mauritanie, Tchad (coopération anti-terroriste).
Note importante : En 2023, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont annoncé la création de l'Alliance des États du Sahel (AES), marquant un éloignement de la CEDEAO et une réorientation de la politique étrangère vers la Russie et d'autres partenaires.
Application pratique — Sujets de dissertation de culture générale
Sujet 1 : "La Révolution de 1983 a-t-elle durablement transformé la société burkinabè ?"
Plan suggéré :
I. Des transformations profondes et symboliques (rebaptisation, santé, éducation, émancipation féminine)
II. Des limites et héritages ambigus (fin tragique de Sankara, reversibilité des réformes)
III. La réappropriation du legs sankariste dans la conscience nationale contemporaine
Sujet 2 : "Quels sont les défis de la construction nationale au Burkina Faso ?"
Points clés à intégrer :
- Diversité ethnique et religieuse (60+ langues, 3 grandes religions)
- Crise sécuritaire et déplacements internes (2 millions de PDI en 2024)
- Démocratie interrompue par les coups d'État récurrents
- Pauvreté (IDH parmi les plus bas du monde) et défis économiques
- Rôle de la diaspora dans le développement
Exercice de mémorisation : la chronologie politique
Retenez cette séquence : 1960 (indépendance) → 1966 (1er coup) → 1983 (Sankara) → 1984 (Burkina Faso) → 1987 (assassinat Sankara) → 1991 (Constitution) → 2014 (chute Compaoré) → 2022 (2 coups d'État).
Pièges fréquents — Culture générale burkinabè
- Confondre la date de l'indépendance (5 août 1960) et la date de la fête nationale (11 décembre) : La fête nationale commémore la proclamation de la République en 1958, pas l'indépendance de 1960.
- Dire que Sankara a changé le nom "le 4 août 1983" : FAUX. Le changement date du 4 août 1984, soit un an après le coup d'État.
- Situer incorrectement le siège de l'UEMOA : Le siège de l'UEMOA est à Ouagadougou (Burkina Faso), pas à Dakar.
- Confondre le FESPACO et la SNC : Le FESPACO (cinéma) se tient à Ouagadougou, la SNC (culture générale) à Bobo-Dioulasso. Les deux sont biennaux mais en alternance.
- Oublier les 13 régions : Un tableau mnémotechnique aide — notez les 4 régions "Centre-*" (Centre, Centre-Est, Centre-Nord, Centre-Ouest, Centre-Sud = 5 avec Centre-Sud).
- Ignorer la suspension CEDEAO : La non-participation actuelle du Burkina Faso à certaines instances CEDEAO est un sujet sensible en culture générale.
Points-clés à retenir
- Le Burkina Faso (274 200 km², ~22 M hab.) est un pays enclavé d'Afrique de l'Ouest, ancien territoire colonial de la Haute-Volta.
- L'indépendance est proclamée le 5 août 1960 ; la fête nationale est le 11 décembre (proclamation de la République).
- Thomas Sankara prend le pouvoir le 4 août 1983, rebaptise le pays Burkina Faso le 4 août 1984, est assassiné le 15 octobre 1987.
- La Constitution démocratique est adoptée le 2 juin 1991 sous Blaise Compaoré.
- Le Burkina est divisé en 13 régions, 45 provinces, 351 communes.
- Capitale : Ouagadougou ; 2ème ville : Bobo-Dioulasso ; siège de l'UEMOA à Ouagadougou.
- Le FESPACO (cinéma) à Ouagadougou et la SNC (culture) à Bobo-Dioulasso sont biennaux.
- Les Mossi (~50%) sont l'ethnie majoritaire, dirigée traditionnellement par le Mogho-Naaba.
- Devise nationale : Unité — Progrès — Justice. Hymne : Ditanyè.
- Le Burkina appartient à l'UEMOA, CEDEAO (suspendu 2022) et à l'Alliance des États du Sahel (AES).
Pour aller plus loin