Niger — Région de l'Aïr — Rendez-vous annuel des éleveurs nomades du Sahel
La Cure salée (en tamasheq : tachilt) est l'un des plus grands rassemblements pastoraux d'Afrique de l'Ouest. Elle se tient chaque année, généralement entre la mi-septembre et début octobre, autour de la ville d'In-Gall, dans la région d'Agadez, au nord-ouest du Niger. Elle marque la fin de l'hivernage et le retour des troupeaux vers les pâturages riches en sels minéraux du plateau de l'Irhazer.
Ce festival rassemble plusieurs dizaines de milliers de pasteurs : Touareg Kel Aïr, Peul Wodaabe et Bororo, Arabes et Toubous. C'est à la fois un événement écologique, social, politique et culturel.
Le nom « cure salée » vient du fait que les troupeaux (zébus, dromadaires, ovins) viennent ingérer les sels naturels (kori, terres salées, eaux saumâtres) indispensables après une saison des pluies pauvre en sodium. Ces minéraux préviennent les carences, renforcent la lactation et l'immunité du bétail.
La Cure salée est aussi le moment de l'assemblée des chefs traditionnels (amenokal touareg, laamiido peul). Les autorités nigériennes y dépêchent ministres et préfets : depuis les années 1990, le gouvernement officialise l'événement comme « Fête nationale des éleveurs ».
S'y règlent : différends entre éleveurs et agriculteurs, mariages inter-clans, échanges commerciaux (sel de Bilma, dattes de Kawar, mil du Damergou), recrutement de bergers salariés.
Pendant 7 à 10 jours, la plaine d'In-Gall se transforme en immense campement :
Depuis 2010, la Cure salée subit plusieurs pressions :
L'UNESCO a placé la Cure salée sur sa liste indicative du Patrimoine culturel immatériel en 2017.
La Cure salée moderne s'inscrit dans une longue histoire écologique et politique :
| Période | Évènement |
|---|---|
| XVe-XIXe s. | Tradition pastorale pré-coloniale liée au commerce caravanier d'Agadez |
| 1900-1960 | Colonisation française (AOF) : tentative d'encadrement par les capitaines des affaires indigènes |
| 1968-1974 | Grande sécheresse sahélienne — effondrement des troupeaux (-60 %) |
| Années 1990 | Officialisation comme « Fête nationale des éleveurs » sous le président Mahamane Ousmane |
| 2007-2009 | Rébellion MNJ touareg — perturbations sécuritaires majeures |
| 2017 | Inscription sur la liste indicative UNESCO du patrimoine immatériel |
Les institutions impliquées : Ministère du Développement Agricole et de l'Élevage du Niger, Haut Commissariat à l'Initiative 3N (« les Nigériens Nourrissent les Nigériens »), CILSS (Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse au Sahel), RBM (Réseau Billital Maroobé — réseau des organisations d'éleveurs et pasteurs de l'Afrique de l'Ouest), ROPPA (Réseau des Organisations Paysannes et de Producteurs Agricoles de l'Afrique de l'Ouest).
Ressources approfondies — Sahel (Sahel (Niger/Tchad/Mali/Burkina))
Pour situer pleinement les pratiques décrites dans cette leçon (Leçon 1 — Cure salée d'In-Gall (Niger) : rassemblement annuel Peul-Touareg-Bororo), il est indispensable de les replacer dans la trame longue de l'histoire du peuple concerné. Les traditions africaines, loin d'être figées, se sont continuellement recomposées au contact d'autres civilisations, des religions universelles (islam, christianisme) et des bouleversements politiques. Le tableau ci-dessous synthétise les grandes étapes structurantes.
| Période | Événement structurant |
|---|---|
| VIIIe-XIe s. | Empire du Ghana (Kumbi-Saleh) — premier État sahélien attesté |
| XIIIe-XVe s. | Empire du Mali (Soundiata, Kankan Moussa) |
| XVe-XVIe s. | Empire Songhaï (Sonni Ali, Askia Mohamed) — Tombouctou |
| XVIIIe-XIXe s. | Djihads peuls (Sokoto d'Usman dan Fodio 1804, Macina, Toucouleur) |
| 1899 | Bataille de Kousséri — partition du Sahel par les puissances coloniales |
| 1960 | Indépendances en chaîne (Mali, Niger, Tchad, BF) |
| 1972-74, 1984-85 | Grandes sécheresses sahéliennes — désertification, exode |
| 2012-aujourd'hui | Crises jihadistes (Mali, Burkina, Niger) — désorganisation pastorale |
Sahel défini par l'isohyète 200-600 mm, large bande de Mauritanie à Soudan en passant par Sénégal, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad. Peuples emblématiques : Peuls/Fulbe/Fula (40 millions, des marges atlantiques au lac Tchad), Touareg (3 millions, Algérie/Mali/Niger/Libye/BF), Sara (3 millions, Tchad méridional), Wodaabe (250 000, Peuls les plus nomades), Haoussa, Songhaï, Maures, Toubou. Voisins : Bambara, Mossi, Kanouri.
La maîtrise — même partielle — du vocabulaire vernaculaire permet d'accéder à des concepts intraduisibles dans les langues coloniales. Voici les termes clés à connaître pour cette leçon et pour l'ensemble du cours.
| Mot vernaculaire | Traduction et contexte |
|---|---|
| Jam tan | Salutation Peul (Pulaar) |
| Pulaaku | Code éthique Peul (réserve, courage, sagesse) |
| Wodaabe | Peuls nomades du Sahel central — « tabous » |
| Gerewol | Concours de beauté masculine Wodaabe (saison pluies) |
| Yaake | Danse rituelle de séduction (yeux blancs, dents éclatantes) |
| Cure salée | Rassemblement annuel In-Gall, Niger (août-sept.) |
| Imuhagh / Kel Tamasheq | Auto-désignation touarègue (« hommes libres ») |
| Tifinagh | Alphabet berbère touareg |
| Tamasheq | Langue touarègue (famille berbère) |
| Amenokal | Chef de confédération touarègue |
| Yondo | Initiation Sara (Tchad méridional) |
| Boori | Culte de possession Hausa (esprits) |
Couleurs et symboles sahéliens : l'indigo Tagelmust (turban touareg) protège et signe l'identité « peuple bleu » ; le rouge ocre du henné féminin Wodaabe ; l'or jaune des Peulhs des marchés. Les motifs Tifinagh (alphabet berbère) ornent les bijoux. Les nombres 7 et 12 (cycles solaires Wodaabe) structurent les fêtes. Pratiques contemporaines : les sécheresses des années 1970-80 et les conflits jihadistes 2012-2025 (Mali, Burkina, Niger) bouleversent gravement la mobilité pastorale. La Cure salée d'In-Gall reste néanmoins maintenue. La diaspora touarègue (Tinariwen, Bombino) porte la cause internationalement.
Angelo Bonfiglioli (FAO) a écrit l'étude sociologique de référence sur les Wodaabe. Edmond Bernus (1929-2004, ORSTOM) reste la référence touarègue. Marguerite Dupire a écrit l'ethnographie peule majeure. Polly Hill (Cambridge) sur les Haoussa. Carol Beckwith et Angela Fisher ont photographié 4 décennies de rituels sahéliens. Pierre Bonte (CNRS) sur les nomades pastoraux.
Les inscriptions UNESCO offrent une reconnaissance internationale officielle qui protège juridiquement le patrimoine et oblige les États à mettre en place des plans de sauvegarde.
Bloc enrichi le 30 mai 2026 — Plateforme ITAG-CM. Sources : UNESCO, IFAN, Présence Africaine, EHESS, SOAS, IRD, archives universitaires.
La leçon suivante est également gratuite. Découvrez-la sans inscription.
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