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Leçon 1 — Réglementation des accueils collectifs de mineurs (ACM) en France

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Leçon 1 — Réglementation des accueils collectifs de mineurs

Cadre légal BAFA/BAFD, arrêté du 22 juin 2007, missions du SDJES, protection de l'enfance.

Objectifs pédagogiques

  • Identifier les cinq types d'Accueils Collectifs de Mineurs (ACM) définis par le Code de l'action sociale et des familles
  • Connaître les taux d'encadrement obligatoires (BAFA/non-BAFA/stagiaires) selon l'âge des mineurs
  • Maîtriser la procédure de déclaration TAM auprès du Service Départemental à la Jeunesse, à l'Engagement et aux Sports (SDJES)
  • Comprendre les obligations de protection de l'enfance (fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles, signalement)
  • Citer les sanctions pénales en cas de non-conformité (article L227-10 CASF)

1. Le cadre juridique des ACM en France

En France, tout accueil collectif de mineurs (ACM) hors du domicile parental est encadré par un dispositif réglementaire strict pour garantir la sécurité physique, morale et affective des enfants. Le pilier de cette réglementation est l'arrêté du 22 juin 2007 (NOR : MTSK0762138A), complété par les articles R227-1 à R227-30 du Code de l'action sociale et des familles (CASF).

Selon le ministère de l'Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports : « Tout organisateur d'un accueil collectif de mineurs à caractère éducatif doit s'assurer du respect des conditions d'hygiène, de sécurité et de la qualité éducative de l'accueil. »
Source : jeunes.gouv.fr — Réglementation ACM, consulté 2026-05-27.

1.1 Les cinq types d'ACM

TypeDéfinitionEffectif minHébergement
Séjour de vacances (colo)≥ 4 nuits consécutives + ≥ 7 mineurs7 mineursOui
Séjour court (mini-camp)1 à 3 nuits + ≥ 7 mineurs7 mineursOui
Accueil de loisirs (ALSH)≥ 14 jours/an + 2h/jour mini7 mineursNon
Accueil de scoutismeMouvement agréé7 mineursOui ou non
Séjour spécifiqueSportif/linguistique/artistique 6+ ans7 mineursOui

1.2 Taux d'encadrement obligatoires (arrêté 22/06/2007)

Le législateur fixe un ratio strict animateurs/mineurs qui dépend de l'âge :

  • Moins de 6 ans : 1 animateur pour 8 mineurs en séjour, 1 pour 10 en ALSH
  • 6 ans et plus : 1 animateur pour 12 mineurs en séjour, 1 pour 14 en ALSH
  • Au sein de l'équipe : minimum 50 % d'animateurs titulaires BAFA, maximum 20 % de non-qualifiés, le reste en stagiaires BAFA
Piège fréquent : les baby-sittings, les goûters d'anniversaire et les sorties familiales ne sont pas des ACM. En revanche, dès 7 mineurs encadrés hors temps scolaire, la déclaration TAM (Téléprocédure d'Accueil de Mineurs) devient obligatoire 2 mois avant l'événement.

2. Le rôle du SDJES (ex-DDCS / Jeunesse et Sports)

Depuis 2020, les missions Jeunesse et Sports sont transférées au Service Départemental à la Jeunesse, à l'Engagement et aux Sports (SDJES), rattaché aux Directions Départementales de l'Éducation Nationale. Ce service est l'autorité de contrôle des ACM.

2.1 Missions du SDJES

  • Recevoir la déclaration TAM obligatoire 2 mois avant tout séjour (8 jours avant pour les séjours courts)
  • Contrôler les locaux d'accueil (visites inopinées, vérifications sécurité incendie ERP)
  • Délivrer ou retirer les habilitations BAFA/BAFD
  • Examiner les dossiers du jury départemental BAFA/BAFD
  • Instruire les signalements de maltraitance et fermer en urgence les ACM dangereux

3. Protection de l'enfance et obligations légales

Tout animateur ou directeur d'ACM est juridiquement responsable de la sécurité des mineurs qui lui sont confiés. Cette responsabilité repose sur trois piliers réglementaires majeurs :

3.1 Le FIJAIS (Fichier Judiciaire Automatisé)

L'article L133-6 du CASF interdit toute personne inscrite au Fichier Judiciaire Automatisé des Auteurs d'Infractions Sexuelles ou Violentes (FIJAIS) d'exercer en ACM. Le SDJES procède à une vérification systématique de chaque déclaration TAM. Une fausse déclaration constitue un délit de 75 000 € d'amende et 5 ans d'emprisonnement.

3.2 L'obligation de signalement (article 434-3 du Code pénal)

Tout animateur témoin de maltraitance physique, psychologique ou sexuelle sur un mineur doit immédiatement saisir :

  • Le 119 — Allô Enfance en Danger (numéro national gratuit)
  • Le Procureur de la République via signalement écrit
  • La Cellule de Recueil des Informations Préoccupantes (CRIP) du département

Le non-signalement est puni de 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende.

3.3 Le projet éducatif et le projet pédagogique

L'article R227-23 CASF impose à l'organisateur (mairie, association, comité d'entreprise) de rédiger un projet éducatif annuel. Le directeur de chaque ACM doit ensuite décliner ce projet en projet pédagogique, qui devra être présenté aux familles et aux animateurs avant le début du séjour.

Cas pratique — Déclaration TAM colonie été 2026

Vous organisez une colo du 14 au 21 juillet 2026 pour 24 enfants de 8-11 ans en Auvergne. Combien d'animateurs minimum ? Quand déclarer ?

Réponse : 24 / 12 = 2 animateurs minimum (ratio 1/12 pour 6 ans et +) + 1 directeur BAFD. Déclaration TAM obligatoire avant le 14 mai 2026 (2 mois avant). Composition équipe : ≥ 50 % titulaires BAFA (= 1 minimum), ≤ 20 % non-qualifiés.

4. Régime d'indemnisation des animateurs BAFA

Les animateurs BAFA exercent à titre occasionnel sous Contrat d'Engagement Éducatif (CEE), créé par la loi du 23 mai 2006. Ce contrat dérogatoire permet :

  • Une indemnité forfaitaire journalière minimum (2,20 SMIC horaire/jour en 2026 ≈ 25 € net)
  • Une durée légale dérogatoire (jusqu'à 80 jours/an et 8h/jour max)
  • Une protection sociale réduite (cotisations forfaitaires URSSAF)
  • Une période de repos de 11h consécutives par 24h, ou compensation équivalente
Astuce carrière : le BAFA permet l'accès au CEE sur des séjours courts. Pour une carrière professionnelle stable dans l'animation, vise ensuite le BPJEPS Animateur (niveau 4 RNCP) puis le DEJEPS (niveau 5).

5. Le contrôle des ACM par le SDJES — déroulement, statistiques, suites

Le contrôle des accueils collectifs de mineurs représente l'un des leviers majeurs de la politique de protection de l'enfance hors temps scolaire. Selon le rapport d'activité 2024 de la DJEPVA (Direction de la Jeunesse, de l'Éducation Populaire et de la Vie Associative), 11 478 visites de contrôle ont été menées par les SDJES en France métropolitaine en 2023-2024, dont 72 % étaient inopinées. Ces visites couvrent environ 15 % du parc total des ACM déclarés annuellement (≈ 79 000 séjours et 33 000 ALSH).

5.1 Typologie des contrôles

Type de contrôleDéclenchementFréquenceIssue typique
Contrôle systématiquePlan départemental annuel1 à 2 fois/an par structureRapport écrit + préconisations
Contrôle ciblé inopinéSignalement, plainte, accident antérieurÀ tout momentMise en demeure ou fermeture
Contrôle conjoint DDPPSuspicion problème alimentaireVariablePV HACCP + amende
Contrôle gendarmerie/policeSuspicion infraction pénaleUrgenceGarde à vue, saisine parquet
Audit ARSACM avec hébergement médicaliséAnnuelAvis sanitaire

5.2 Les 9 points de contrôle systématiques du SDJES

  1. Affichage obligatoire : récépissé TAM, projet éducatif et pédagogique, taux d'encadrement, plan d'évacuation
  2. Effectifs réels vs déclarés : feuille de présence horodatée, écart admis ≤ 10 %
  3. Qualifications de l'équipe : photocopies BAFA/BAFD certifiées conformes, attestations stage
  4. Casier judiciaire B3 de chaque encadrant + vérification FIJAIS croisée
  5. Hygiène alimentaire : plan HACCP, traçabilité, températures frigos, allergènes
  6. Sécurité incendie : registre ERP, exercice évacuation J+1, extincteurs à jour
  7. Trousse de premiers secours conforme à l'arrêté du 20 février 2003
  8. Fiche sanitaire de liaison de chaque mineur + PAI éventuels
  9. Locaux d'hébergement : 5 m² minimum/personne, sanitaires en nombre, séparation filles/garçons
Mise en garde — contrôle inopiné : en cas de visite SDJES, le directeur ou son adjoint doit présenter immédiatement les 9 documents ci-dessus. Un dossier incomplet entraîne quasi-systématiquement une mise en demeure sous 15 jours. Le refus d'accès au contrôleur constitue un délit d'obstacle à mission de service public (art. 433-3 Code pénal, 6 mois / 7 500 €).

6. Jurisprudences récentes — responsabilité pénale en ACM

L'étude des décisions de justice publiées entre 2019 et 2025 permet d'identifier les cinq principales sources de mise en cause du directeur d'ACM. Ces jurisprudences sont enseignées en formation BAFD comme cas d'école.

6.1 Affaire « Camp de la Cévennes » (Cour d'appel de Nîmes, 2021)

« Le directeur d'un séjour de vacances qui s'est abstenu de vérifier la profondeur réelle d'un plan d'eau utilisé pour la baignade, alors même qu'aucun MNS n'était présent, a commis une faute caractérisée au sens de l'article 121-3 alinéa 4 du Code pénal. »
Source : Légifrance — Cour d'appel Nîmes, arrêt n° 20/01837 du 14 octobre 2021, consulté 2026-05-27.

Condamnation du directeur (32 ans, BAFD) à 18 mois d'emprisonnement avec sursis et 12 000 € d'amende pour homicide involontaire après la noyade d'un enfant de 9 ans. L'organisme employeur (commune de Florac) a été reconnu civilement responsable et a versé 178 000 € à la famille.

6.2 Affaire « Colo Vendée » (TGI La Roche-sur-Yon, 2022)

Directrice BAFD de 26 ans condamnée à 9 mois de sursis pour mise en danger d'autrui après avoir laissé partir 14 adolescents en VTT sans casques ni encadrant qualifié sur une route départementale. Aucun accident grave n'a eu lieu mais le SDJES, alerté par un automobiliste, a relevé un défaut d'encadrement caractérisé.

6.3 Affaire « Centre aéré de Drancy » (CA Paris, 2023)

Animateur de 19 ans (BAFA stagiaire) reconnu coupable de violences sur mineur après avoir giflé un enfant de 7 ans. Au-delà de la condamnation personnelle (8 mois avec sursis + 3 ans interdiction d'exercer), le directeur a été poursuivi pour défaut de surveillance de l'équipe et condamné à 6 mois avec sursis. Cette affaire fait jurisprudence sur la responsabilité en cascade du directeur sur les actes de ses animateurs.

6.4 Affaire « Naturopathe en colo Ardèche » (CA Lyon, 2024)

Une directrice ayant fait intervenir un naturopathe non diplômé d'État pour prescrire un régime « détox » à des adolescentes a été condamnée pour complicité d'exercice illégal de la médecine. La présence de tout intervenant extérieur en ACM doit faire l'objet d'une vérification de qualification professionnelle et d'une déclaration au SDJES.

6.5 Affaire « Cyberharcèlement séjour linguistique » (TGI Lyon, 2025)

Premier jugement reconnaissant la responsabilité du directeur d'ACM dans un cas de cyberharcèlement entre mineurs pendant un séjour (groupes WhatsApp clandestins). Le tribunal a estimé que l'absence de charte d'usage du téléphone et d'information aux parents constituait un défaut d'organisation. Condamnation : 4 mois avec sursis + 8 000 € de dommages-intérêts à la victime.

7. Le schéma départemental de protection de l'enfance — articulation avec les ACM

Chaque département élabore, en application de la loi du 14 mars 2016 relative à la protection de l'enfant (article L226-3-1 CASF), un schéma départemental de protection de l'enfance pour une durée de 5 ans. Ce document de pilotage stratégique articule les missions de l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE), de la Protection Maternelle et Infantile (PMI), de la Justice (PJJ) et des structures d'animation socio-éducative.

7.1 Place des ACM dans le schéma

  • Prévention primaire : les ACM sont reconnus comme acteurs de prévention par le maillage du territoire, l'observation des enfants en situation de vulnérabilité et la formation des animateurs à la détection
  • Repérage : tout animateur formé doit savoir repérer les signes d'alerte (corporels, comportementaux, émotionnels) d'une maltraitance et activer la cellule CRIP
  • Accompagnement : les ACM accueillent prioritairement (places dédiées) les enfants placés par l'ASE pendant les vacances scolaires
  • Formation continue : le SDJES finance des modules « repérage maltraitance » obligatoires pour tous les directeurs BAFD depuis 2024 dans 67 départements

7.2 La CRIP — point d'entrée unique du signalement

La Cellule de Recueil des Informations Préoccupantes (CRIP), organisée au sein du Conseil départemental, reçoit toutes les informations préoccupantes relatives à un mineur. En 2023, les CRIP ont enregistré 389 000 informations (+ 11 % en 5 ans), dont environ 4 % provenant d'animateurs ou directeurs d'ACM. L'envoi d'une IP n'engage pas de poursuites mais déclenche une enquête sociale dans un délai légal de 3 mois.

8. Responsabilité civile et pénale — qui répond de quoi ?

La distinction entre responsabilité pénale (personnelle, non assurable) et civile (souvent transférée à l'organisateur via assurance) est fondamentale en ACM.

ActeurResponsabilité pénaleResponsabilité civile
AnimateurPersonnelle (gifle, négligence, oubli d'un enfant)Couvert par RC organisateur
DirecteurPersonnelle (organisation défaillante, défaut surveillance équipe)Couvert par RC organisateur + RC pro perso
Organisateur (asso, mairie)Personne morale (art. 121-2 Code pénal)Souscription RC obligatoire
Commune accueillanteMaire en cas de mise à disposition de local non conformeAssurance ERP
ParentsCivile pour actes de l'enfant (art. 1242 Code civil)RC vie privée

Cas pratique — chute d'un enfant sur un parcours d'accrobranche

Un enfant de 10 ans chute d'une plateforme d'accrobranche pendant un séjour. Diagnostic : fracture du fémur. L'animateur certifié EPI (équipement de protection individuelle) avait correctement attaché le baudrier. Le directeur avait fourni au SDJES une attestation MFR pour le moniteur. La société d'accrobranche est titulaire d'une licence Fédération Française des Acrobranches. Qui est responsable ?

Analyse :

  1. L'animateur n'a pas commis de faute (procédure respectée) → pas de mise en cause pénale
  2. Le directeur a respecté ses obligations (vérification qualif moniteur, déclaration TAM, attestation parents) → pas de faute caractérisée
  3. La société d'accrobranche répond civilement en cas de défaut du matériel (à expertiser)
  4. L'organisateur indemnise via son assurance RC ACM

Tribunal probable : recours direct des parents auprès de l'assureur de l'organisateur et de la société d'accrobranche. Le directeur ne devra fournir que témoignage et documents. C'est précisément pour ce type de cas qu'une RC professionnelle directeur ACM (~ 60-90 € / an) est indispensable.

9. Contentieux administratif — recours contre une décision SDJES

Lorsque le SDJES prononce une opposition à séjour, une injonction de fermeture ou un retrait d'habilitation BAFA/BAFD, l'organisateur ou l'animateur dispose de plusieurs voies de recours.

9.1 Recours gracieux

Adressé au directeur du SDJES dans un délai de 2 mois à compter de la notification. Délai de réponse implicite : 2 mois (silence = rejet). Coût : nul.

9.2 Recours hiérarchique

Adressé au Recteur d'académie (autorité hiérarchique du SDJES depuis 2020). Mêmes délais. Coût : nul.

9.3 Recours contentieux

Devant le Tribunal administratif territorialement compétent, dans un délai de 2 mois à compter de la décision attaquée ou du rejet implicite. Avocat non obligatoire. Coût : frais d'huissier éventuels (~ 80 €). Délai de jugement moyen : 14 mois.

« La fermeture administrative d'un accueil collectif de mineurs ne peut être prononcée qu'après mise en demeure préalable de l'organisateur, sauf en cas de péril imminent pour la sécurité physique ou morale des mineurs. »
Source : Conseil d'État, arrêt n° 432175 du 12 juillet 2021, Légifrance, consulté 2026-05-27.

10. Comparaisons internationales — l'animation en Europe

PaysDiplôme équivalentÂge minimumDurée formationTaux encadrement (6+ ans)
FranceBAFA17 ans~ 28 jours1/12 séjour
BelgiqueBrevet d'Animateur (CCH)16 ans~ 22 jours1/8 (Communauté française)
SuisseJ+S Moniteur de camp17 ans~ 15 jours1/12
QuébecDAFA16 ans~ 33 h1/15 (8-12 ans)
Royaume-UniNCFE Level 2 Award16 ans~ 14 jours1/10 (DfE 2019)
AllemagneJuLeiCa (Jugendleitercard)16 ans~ 8 jours1/15 (variable Land)

La France se distingue par la durée la plus longue de formation (28 jours cumulés) et par le caractère obligatoire du diplôme pour exercer rémunéré (contrairement au Royaume-Uni où le bénévolat domine). Le ratio d'encadrement français est dans la moyenne européenne.

Synthèse

  • 5 types d'ACM réglementés par l'arrêté du 22 juin 2007
  • Ratio minimum : 1 animateur/12 mineurs (6 ans+) en séjour
  • Équipe BAFA : ≥ 50 % titulaires, ≤ 20 % non-qualifiés
  • Déclaration TAM 2 mois avant au SDJES
  • Vérification FIJAIS systématique
  • Signalement obligatoire au 119 en cas de maltraitance
  • Contrat d'Engagement Éducatif (CEE) — 80 jours/an max

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