Commentaire composé, dissertation littéraire et corpus d'auteurs au programme BAC L Mali.
Le programme de Français en Terminale L au Mali, fixé par arrêté du Ministère de l'Éducation Nationale (MEN), repose sur quatre grands axes : la littérature africaine d'expression française, la littérature française classique et moderne, la maîtrise de la langue et la méthodologie des exercices d'examen. Les auteurs majeurs étudiés incluent Massa Makan Diabaté (Le boucher de Kouta), Yambo Ouologuem (Le devoir de violence), Amadou Hampâté Bâ (L'étrange destin de Wangrin), aux côtés de Molière, Voltaire, Baudelaire, Camus et Aimé Césaire.
« L'enseignement du Français en classe de Terminale vise à développer chez l'élève la capacité d'analyser un texte littéraire et d'élaborer un discours argumenté cohérent. » — Programme officiel MEN/DNEN, arrêté de 2018.
L'épreuve de Français du BAC L dure 4 heures et compte pour un coefficient 4. Le candidat choisit l'un des trois sujets proposés :
| Sujet | Nature | Compétences évaluées |
|---|---|---|
| Sujet 1 | Commentaire composé d'un texte littéraire | Lecture analytique, repérage des procédés, organisation en parties thématiques |
| Sujet 2 | Dissertation littéraire à partir d'une citation | Problématisation, argumentation, culture littéraire |
| Sujet 3 | Résumé + discussion d'un texte argumentatif | Synthèse, reformulation, prise de position |
Le commentaire composé exige une lecture en double mouvement : repérer le quoi (thèmes, idées) et le comment (procédés stylistiques). La structure attendue est l'introduction (présentation auteur-œuvre-extrait + problématique + annonce du plan), suivie de deux ou trois axes articulés autour des effets de sens, puis une conclusion (bilan + ouverture).
La dissertation repose sur une citation à discuter (souvent d'un critique ou d'un écrivain). Le candidat doit identifier les termes-clés, formuler une problématique, puis bâtir un plan dialectique thèse / antithèse / synthèse ou analytique en deux parties.
« La littérature africaine doit-elle nécessairement être engagée ? »
Plan thèse-antithèse-synthèse :
Le commentaire composé (durée recommandée : 2h sur 4h d'épreuve) consiste à analyser un texte littéraire en dégageant deux ou trois axes thématiques et stylistiques. Contrairement à l'explication linéaire, il ne suit pas l'ordre du texte mais organise la lecture autour de problématiques transversales.
Lire trois fois le texte :
Le plan classique en deux ou trois axes doit éviter la juxtaposition fond/forme. Préférer un plan où chaque axe combine analyse thématique ET analyse stylistique.
Structure attendue :
Vérifier : orthographe, accord sujet-verbe, citations entre guillemets, italique pour titres d'œuvres, paragraphes alinéa.
Texte support : incipit du roman (édition Hatier 1982, p. 11-12), description du village fictif de Kouta.
Massa Makan Diabaté (1938-1988), griot-écrivain malien issu d'une lignée traditionnelle de Kita, est l'auteur de la « trilogie de Kouta » publiée entre 1979 et 1982. Le Boucher de Kouta, deuxième volet, met en scène le village imaginaire de Kouta comme microcosme d'une société post-coloniale en mutation. L'extrait étudié, situé dans l'incipit, dépeint la place du marché un matin de saison sèche. Comment le narrateur transforme-t-il une description réaliste en allégorie de la condition post-coloniale ? Nous étudierons d'abord la peinture d'un espace social structuré, puis nous montrerons comment cette description sert une critique implicite des hiérarchies villageoises.
Le narrateur omniscient organise l'espace par strates. La présence répétée des compléments circonstanciels de lieu (« au pied du fromager », « près de la mosquée », « derrière la concession du chef ») dessine une géographie sociale stratifiée. Le fromager, arbre sacré en Afrique de l'Ouest mandingue, occupe le centre symbolique : il est le lieu où se règlent les palabres. La mosquée, introduite en deuxième position, signale l'islamisation comme couche superposée à l'animisme traditionnel. Cette superposition fait écho à la définition de l'islam noir proposée par Vincent Monteil dans son essai éponyme (1964).
Sous la description neutre perce une ironie corrosive. L'épithète « majestueux » accolée au chef de village est immédiatement subvertie par la mention de sa « bedaine luisante de beurre de karité » (l. 12) : le grotesque réaliste, technique chère à Sembène Ousmane dans Les Bouts de bois de Dieu, fonctionne ici comme arme satirique. Diabaté hérite de la tradition orale du griot, où la louange (fasada) cache souvent un blâme codé. Le procédé du contraste antithétique entre « majestueux » et « bedaine luisante » crée un effet d'oxymore moral.
L'incipit du Boucher de Kouta dépasse la simple description ethnographique pour offrir une lecture critique de la société malienne des années 1970. Diabaté articule l'héritage du griot mandingue et les codes du roman réaliste européen, créant une voix narrative singulière. Cette tension entre tradition orale et modernité romanesque traverse l'ensemble de l'œuvre, comme dans L'Étrange Destin de Wangrin d'Amadou Hampâté Bâ (1973), où le narrateur joue également avec les frontières du genre.
Sujet : « La littérature africaine doit-elle obligatoirement s'engager dans la lutte contre l'oppression ? Vous répondrez à cette question en vous appuyant sur les œuvres étudiées en classe et vos lectures personnelles. »
Dans Discours sur le colonialisme (1950), Aimé Césaire affirme que « toute civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde ». Cette assertion énergique pose la question du rôle social de la parole littéraire. Pour les écrivains africains de la décolonisation, la plume fut souvent une arme. Mais la littérature africaine doit-elle nécessairement endosser cette fonction engagée, au risque de réduire la création à la propagande ? Nous montrerons d'abord la force de la tradition d'engagement, puis nous nuancerons en présentant la nécessité d'une littérature plurielle, avant de proposer une voie médiane où l'engagement esthétique transcende l'engagement politique.
De la Négritude à la littérature post-coloniale, l'écrivain africain s'est positionné en témoin. Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire et Léon-Gontran Damas, dans Pigments (1937) et Cahier d'un retour au pays natal (1939), forgent une parole de réhabilitation. Au Mali, Massa Makan Diabaté dénonce les corruptions post-coloniales dans la trilogie de Kouta. Aminata Sow Fall (Sénégal) interpelle dans La Grève des bàttu (1979) sur la condition des mendiants à Dakar.
Imposer l'engagement comme norme appauvrirait la littérature. Sony Labou Tansi revendique la liberté du « rire absolu » dans La Vie et demie (1979). Ken Bugul, dans Le Baobab fou (1982), explore l'intime, la quête identitaire, le corps féminin. Réduire ces voix à une grille politique trahirait leur singularité.
La plus grande littérature africaine articule éthique et esthétique. Amadou Hampâté Bâ, dans L'Étrange Destin de Wangrin (1973), engage par l'art du conteur, sans pamphlet. Le récit picaresque de Wangrin interroge le métissage colonial par l'humour et la sagesse. C'est en assumant pleinement sa fonction esthétique que la littérature touche le politique.
L'engagement n'est ni une obligation ni une option : il est une tension constitutive de la création africaine moderne. La grande littérature africaine, des Négritudes aux écritures contemporaines de Léonora Miano ou Mohamed Mbougar Sarr (Goncourt 2021), invente sans cesse de nouveaux équilibres entre dire le monde et le transformer.
| Figure | Définition | Exemple littéraire africain |
|---|---|---|
| Chiasme | Croisement de quatre termes en ABBA | « Il faut vivre pour écrire, écrire pour vivre » — Mongo Beti |
| Oxymore | Alliance de termes contradictoires | « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles » — Corneille (étudié en BAC L Mali) |
| Paradoxe | Affirmation choquante mais vraie | « Je suis nègre et des tonnes de chaînes me bercent » — Aimé Césaire |
| Ellipse | Omission d'un terme grammatical | « Le silence. La poussière. La mort » — Cheikh Hamidou Kane, L'Aventure ambiguë |
| Anaphore | Répétition d'un mot en début de phrase | « Femme noire, femme nue, femme noire... » — Senghor, Chants d'ombre |
| Hyperbole | Exagération volontaire | « Et mille soleils ont chanté sur le tabernacle » — Aimé Césaire |
| Litote | Dire moins pour dire plus | « Va, je ne te hais point » — Corneille (= je t'aime) |
| Métonymie | Désignation par un élément lié | « Boire un verre » (= boire le contenu) |
Deuxième volet de la trilogie (après Le Lieutenant de Kouta, avant Le Coiffeur de Kouta). Le personnage central, Famagan, boucher du village, incarne le destin tragique de l'homme intègre dans une société corrompue. Diabaté hérite des codes de la geste mandingue (épopée de Soundiata) tout en les transposant dans le roman réaliste.
Citation clé : « À Kouta, on ne dit pas la vérité, on l'enrobe » (p. 87). Cette phrase condense la critique de l'hypocrisie post-coloniale.
Biographie romanesque d'un interprète peul-bambara durant la colonisation française. Hampâté Bâ (1900-1991), élève de Tierno Bokar (sage soufi de Bandiagara), incarne la pensée syncrétique qu'il résume dans la formule : « En Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle » (UNESCO, 1962).
Citation clé : « Wangrin était à la fois la flèche et la cible, le chasseur et le gibier » (Hampâté Bâ, p. 142).
Poème en prose fondateur de la Négritude. Écrit lors du retour de Césaire en Martinique après ses études à Paris. Structure tripartite : constat de la misère, refus, accession à une dignité nouvelle. Citation clé : « Ma négritude n'est pas une pierre, sa surdité ruée contre la clameur du jour » (édition Présence Africaine, p. 47).
| Critère | Pondération | Indicateurs |
|---|---|---|
| Compréhension du sujet | 3 pts | Problématique pertinente, reformulation |
| Construction du plan | 4 pts | Plan structuré, articulations logiques |
| Qualité de l'analyse | 5 pts | Profondeur, exemples précis, références |
| Maîtrise de la langue | 4 pts | Syntaxe, orthographe, registre |
| Culture littéraire | 3 pts | Œuvres, mouvements, auteurs cités |
| Originalité / engagement | 1 pt | Avis personnel argumenté |
« Le candidat doit montrer une appropriation personnelle des œuvres, et non une récitation mécanique. La note de 16/20 et plus n'est attribuée qu'aux copies témoignant d'une réelle culture littéraire et d'une écriture maîtrisée. » — Bulletin officiel du CNECE n°47/2023.
| Mouvement | Période | Auteurs majeurs | Œuvres au programme Mali |
|---|---|---|---|
| Humanisme | XVIe siècle | Rabelais, Montaigne, Ronsard | Extraits des Essais (Montaigne) |
| Classicisme | XVIIe siècle | Corneille, Racine, Molière, La Fontaine | Le Cid (Corneille), Fables (La Fontaine) |
| Lumières | XVIIIe siècle | Voltaire, Rousseau, Diderot | Candide (Voltaire) |
| Romantisme | 1820-1850 | Hugo, Lamartine, Musset | Extraits des Contemplations (Hugo) |
| Réalisme | 1850-1880 | Balzac, Flaubert, Maupassant | Pierre et Jean (Maupassant) |
| Négritude | 1934-1960 | Césaire, Senghor, Damas | Cahier d'un retour au pays natal |
| Littérature africaine post-coloniale | 1960-aujourd'hui | Diabaté, Hampâté Bâ, Sembène Ousmane, Mariama Bâ | Le Boucher de Kouta, L'Étrange Destin de Wangrin |
En français écrit littéraire, la concordance impose :
Exemple : « Soundiata savait (passé) que sa mère avait été humiliée (plus-que-parfait, antériorité dans le passé). »
Le subjonctif s'impose après : douter que, vouloir que, ordonner que, regretter que, falloir que. Exemple : « Il faut que tu réussisses (subjonctif présent). »
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