La fable du Lièvre et de la Tortue n'appartient pas seulement à Ésope ou La Fontaine. Bien avant que ces auteurs ne l'adaptent en Europe, l'Afrique racontait sa propre version, où la tortue (souvent appelée Mbé en pays bantou ou Tâlan en pays mandingue) incarne la patience et la sagesse du peuple, face à la suffisance du lièvre.

Dans la version bamiléké recueillie au Cameroun, l'histoire commence ainsi : « Il y avait une grande sécheresse au village des animaux. La rivière s'était asséchée. Le lièvre, fier de sa rapidité, défia la tortue à une course jusqu'à la source lointaine. » Mais la tortue, contrairement à la version européenne, ne gagne pas seulement par persévérance : elle gagne par ruse collective. Elle place ses cousines tortues à chaque étape du parcours. Quand le lièvre arrive à un poste, une tortue répond déjà : « Je suis là ! » Le lièvre s'épuise, et la dernière tortue franchit la ligne d'arrivée.
Ici, la morale n'est pas « rien ne sert de courir, il faut partir à point ». La leçon africaine est triple :
« Tout seul, on va vite ; ensemble, on va loin. » — Proverbe africain pan-continental.
En pays wolof (Sénégal), c'est Leuk-le-lièvre qui affronte M'Bott-le-crapaud, dans une variante mise en contes par Léopold Sédar Senghor et Abdoulaye Sadji dans La Belle Histoire de Leuk-le-lièvre. En pays akan (Ghana), c'est Ananse l'araignée qui occupe la place du rusé. Au Congo, on raconte que la tortue avait gravé sur sa carapace une carte du parcours - c'est pourquoi sa carapace porte aujourd'hui ses motifs géométriques.

Quand vous racontez ce conte à vos enfants nés à Paris ou Montréal, insistez sur la solidarité familiale. Demandez-leur : « Si tu étais la tortue, à qui demanderais-tu de l'aide ? » Cette question fait émerger naturellement la conscience du clan, du réseau familial transcontinental qui caractérise la diaspora africaine.
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