Voici l'un des grands paradoxes de la culture africaine contemporaine : le wax, ce tissu coloré aux motifs flamboyants devenu emblème vestimentaire de l'Afrique, ne vient pas d'Afrique. Il est né d'une rencontre improbable entre l'Indonésie, les Pays-Bas et l'Afrique de l'Ouest au XIX? siècle.

À l'origine, il y a le batik javanais : une technique millénaire qui consiste à dessiner sur le tissu avec de la cire chaude pour réserver les zones non teintes. Au XIX? siècle, les colons hollandais à Java tentent de reproduire industriellement ce batik artisanal. Vers 1850, la firme Vlisco (fondée à Helmond aux Pays-Bas) met au point un procédé d'impression mécanique à la cire fondue qui imite le batik. C'est la naissance du wax (de l'anglais wax, cire).
Les Javanais boudent ces imitations industrielles, jugées de moins bonne qualité que le batik artisanal. Mais en chemin vers l'Indonésie, les bateaux des soldats Belanda Hitam (mercenaires ashantis recrutés par les Néerlandais sur la Côte de l'Or) débarquent en Côte de l'Or (Ghana actuel) et au Togo. Les femmes africaines adoptent immédiatement ces tissus aux couleurs vives, et la demande explose. À partir de 1860, Vlisco se réoriente entièrement vers le marché ouest-africain.
« Le wax n'est pas africain par origine, mais il est devenu africain par adoption, par appropriation, et par codification. » — Anne Grosfilley, anthropologue.
Au-delà de l'esthétique, le wax porte une fonction sociale codée. Chaque motif a un nom, une signification, et envoie un message public :
Le wax authentique est encore largement produit en Hollande (Vlisco), mais aussi en Côte d'Ivoire (Uniwax), au Ghana (GTP - Ghana Textiles Printing), et de plus en plus en Chine (qualité contestée). Le wax hollandais reste le plus prestigieux : un pagne de 6 yards Vlisco peut coûter 60 à 200 euros.

Dans les marchés de Château-Rouge à Paris, de Matongé à Bruxelles, de Jean-Talon à Montréal, le wax est partout. Les designers afro-européens (Imane Ayissi, Stella Jean, Lemlem) le réinterprètent pour les podiums internationaux. Pour la diaspora, porter le wax est devenu un acte d'afrofuturisme stylistique — une manière de dire : « Je suis africain, où que je sois ».
La leçon suivante est également gratuite. Découvrez-la sans inscription.
Leçon 2 — Continuer →Choisis quels cookies tu acceptes — modifiable à tout moment.