Le Makossa est probablement la musique camerounaise la plus connue à l'international. Né dans la région du Littoral, autour de la grande ville portuaire de Douala, il a été propulsé sur la scène mondiale en 1972 par Manu Dibango avec son tube planétaire Soul Makossa.
Le mot makossa vient du verbe douala kosa, qui signifie « se trémousser » ou « danser en remuant les hanches ». La forme nominale ma-kossa désigne donc « la danse » par excellence chez les Douala, peuple sawa de la côte camerounaise. À l'origine, c'est une musique de fête villageoise accompagnée de tambours ngoma, de cloches et de chants en langue douala.
La modernisation commence à Douala dans les années 1950 avec des artistes comme Ebanda Manfred, Nelle Eyoum et Eboa Lotin, qui introduisent la guitare acoustique puis électrique, ainsi que les cuivres (saxophone, trompette). Le rythme se stabilise autour d'une mesure binaire à quatre temps, avec un groove très carré et dansant.
Manu Dibango (1933-2020), saxophoniste de génie originaire de Douala, enregistre en 1972 la chanson Soul Makossa. Initialement face B d'un disque à la gloire des Lions Indomptables, le morceau devient un succès international après sa diffusion par les DJ new-yorkais. Il atteint le Billboard Hot 100, influence le funk et le disco, et inspirera plus tard Michael Jackson (Wanna Be Startin' Somethin') et Rihanna (Don't Stop the Music), ce qui donnera lieu à un procès retentissant en 2009.
Les années 1980 sont l'âge d'or du Makossa. Une nouvelle génération s'impose :
Lapiro de Mbanga (1957-2014) incarne le versant politique et populaire du Makossa. Avec son français-pidgin, son humour mordant et ses chansons engagées comme Mimba We ou Constitution Constipée, il devient la voix du peuple et finira emprisonné pour ses critiques du régime. Sa figure reste celle d'un artiste résistant.
Le Makossa a engendré de nombreux dérivés : Makassi, Mboa Bass, Makossa Love, et plus récemment des fusions avec le coupé-décalé et l'afrobeats. Il reste le pilier de la nuit camerounaise à Paris, Bruxelles, Londres et Montréal, et continue d'être réinventé par des artistes comme X-Maleya, Charlotte Dipanda ou Salatiel.
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